Deux jours dans l’univers de la dramaturgie par Cyril Varquet

En compagnie d’un dramaturge, comédien, riche par son savoir, 6 participants, de parcours et d’âges différents ont participé les 8 et 9 décembre, à l’atelier d’écriture dynamique avec Stéphane Jaubertie.

Dans un premier temps, deux cadres sont donnés. C’est à nous (en binôme) d’en choisir un et de créer une histoire. Une totale liberté est accordée ! Il faut ensuite vérifier si notre intrigue tient la route, ce qui, par la même occasion, permet de voir la construction de certaines œuvres (classiques comme Tartuffe de Molière ou cinématographiques telle que Les 39 marches d’Hitchcock) et de se pencher plus en détails, sur les concepts énoncés par Aristote dans La Poétique sur la construction « idéale » d’une pièce de théâtre. De là, s’ensuit la réécriture (et l’amélioration) d’une situation de départ (à deux ou en individuel).

Mais dans « écriture dynamique », il y a « dynamique » ! Place à l’écriture d’un dialogue à partir d’une phrase choisie au hasard. Cette phrase imposée correspond au tout début de la toute première scène. Deux participants se réunissent pour construire un dialogue entre 2 personnages. Ce dialogue est ensuite joué par un autre groupe…

Le lendemain, possibilité de refaire le même exercice avec une situation légèrement différente : « A est impatiente de retrouver B dans un lieu connu, mais C arrive et annonce que B ne viendra pas ».

La fin de cet atelier est marquée par la réalisation d’un synopsis, nous nous confrontons aux difficultés auxquelles font face les dramaturges.

En résumé, un moment joyeux et convivial.

Merci Stéphane Jaubertie !!!

 

Témoignage de l’une des participantes  :

« Deux jours dans l’univers de la dramaturgie, pour écrire sur des consignes qui conduisent à repérer les ingrédients indispensables à l’ écriture théâtrale  mais aussi beaucoup de références au théâtre et au cinéma qui permettent de mieux appréhender les enjeux de cet art. Ambiance sympathique où s’installent bienveillance et défis!

On écrit, on lit, on relit, on explique et on joue les répliques écrites par les autres. Beaux moments d’échanges, de découvertes, de partages de ses écrits.

Parenthèse bienvenue  où l’art dramatique s’invite dans le quotidien. »

Atelier d’écriture dynamique avec Stéphane Jaubertie les 8 et 9 décembre 2018

Stéphane Jaubertie est auteur de théâtre. Il se forme comme comédien à l’École de la Comédie à St-Étienne et commence à écrire en 2004 des textes qui s’adressent aussi bien aux enfants qu’aux adultes.

Il part de l’intime, de la chair, du profond de soi pour fabriquer un théâtre qui parle au cœur et à la tête. Il compose ainsi une dramaturgie percutante, intelligente et rare.

Stéphane Jaubertie sera à Beaugency les 8 et 9 décembre 2018 pour animer un stage d’écriture dynamique. À partir de consignes, il  aborde les fondamentaux de l’écriture théâtrale. Les participants pourront créer des histoires, des personnages, des dialogues et mettre en voix les textes produits. Écriture, lecture et interprétation rythmeront le stage.

Cet atelier d’écriture s’adresse aux collégiens, lycéens, étudiants, adultes, débutants ou déjà initiés à l’écriture.

Il se déroulera de 10h à 13h et de 14h30 à 17h30 le samedi 8 et dimanche 9 décembre, à la maison Agora à Beaugency, 59 avenue de Vendôme.

Coût de l’atelier :

  • 30 euros (Atelier) + 15 euros (Adhésion Val de Lire)
  • 15 euros (Atelier) + 10 euros (Adhésion) pour les collégiens, lycéens, étudiants, personnes en recherche d’emploi.

Inscription par mail  ou par téléphone :

  • valdelire@orange.fr
  • 02 38 44 75 66

Deuxième séance de l’atelier d’écriture avec Samantha Bailly par Cyril Varquet

Ce samedi 3 février a eu lieu le deuxième et dernier atelier d’écriture avec Samantha Bailly. Onze participants se sont retrouvés afin d’échanger sur les textes qu’ils allaient écrire et de passer un bon et agréable moment.

Début de l’évènement à 10 heures. À nos stylos… prêts… partez ! Quelques moments théoriques avant toute chose pour aborder plus sereinement la page blanche sur laquelle nous devrons écrire. Quelques petits détails sur les points de vue en littérature : le point de vue interne qui consiste à vivre l’histoire dans la tête d’un seul personnage et où les sensations, les sentiments et le « je » sont au rendez-vous ; le point de vue externe laissant place très souvent à la description ; et enfin l’omniscient où le narrateur navigue tranquillement dans la tête de tous les personnages, où il connaît tout, où il sait tout !

Place ensuite à la pratique avec des extraits faisant intervenir un personnage qu’on avait déjà créé au mois de novembre et qu’il fallait raccorder avec un mot/un univers imposé (anniversaire, arc-en-ciel, enterrement…).  Deuxième contrainte : utiliser deux points de vue différents pour une même scène. Les deux autres instants d’écriture devaient respecter le point de vue interne, permettant d’exploiter au maximum les sensations et les perceptions (les cinq sens).

Tout le monde s’est prêté au jeu et nous avons tous pu découvrir des univers différents et tous intéressants : du fantastique, du merveilleux, du drame, du comique… Des moments d’émotion, de joie, de rire. On a eu le droit à tout pendant cette journée inoubliable, grâce à Samantha Bailly et à Val de Lire qui a organisé cette rencontre. Merci !

Certains de ces textes écrits seront lus pendant la soirée inouïe du Salon, le vendredi 13 avril à partir de 20h30 au complexe des Hauts de Lutz. Venez nombreux, avec toute votre famille et vos amis !

L’atelier d’écriture avec Samantha Bailly racontée par Sarah Kerec, participante

Le samedi 4 novembre, Samantha Bailly est venue animer un atelier d’écriture dans la salle de projet du Puits-Manu à Beaugency, invitée par l’association Val de Lire.

Elle est l’auteure de nombreux romans tels que Nos âmes jumelles, Nos âmes rebelles et Nos âmes plurielles, ou encore Les stagiaires, et aussi scénariste de mangas et de films.

Une douzaine de personnes est venue y participer, adolescents et adultes. Nous avons appris beaucoup de choses, par exemple créer un personnage. Nous avons effectué plusieurs exercices : écrire un texte avec le personnage, écrire un second texte avec le personnage mais cette fois-ci avec des contraintes. Au premier abord, les exercices paraissent faciles mais ce n’est pas si simple d’écrire… Nous avons travaillé sur le plan d’un roman. C’était très intéressant. La journée a été sympathique et c’était bien de pouvoir lire ses textes devant les autres, malgré la timidité, et d’avoir leurs avis pour pouvoir s’améliorer. L’ambiance était très chaleureuse. Tout le monde était dans le jeu, c’était très agréable.

Le deuxième atelier avec Samantha Bailly aura lieu le 3 février 2018. Elle sera aussi présente au salon du livre de Beaugency le 13, 14, et 15 avril 2018.

Témoignage de Sarah Kerec, lycéenne, participante à l’atelier d’écriture.

 

Atelier d’écriture avec Samantha Bailly

L’association Val de lire organise un atelier d’écriture avec l’auteure Samantha Bailly.

Pour adolescents et adultes ( à partir de 14 ans ).

Samedi 4 novembre 2017

10h-12h / 14h-17h

et

Samedi 3 février 2018

10h-12h / 14h-17h

 

Samantha Bailly est une jeune auteure de romans, adulte et jeunesse, de romans de fantasy, de contes, de scénarios de mangas et de films. Elle dépeint sa vision du monde adolescent (Nos âmes jumelles, éditions Rageot) et celui des jeunes adultes de sa génération (Les Stagiaires, éditions Le Livre de Poche).

L’atelier permettra d’aborder la question de la structure d’une intrigue, de la construction d’un personnage… Les participants peuvent venir avec un début de récit.

Prolongement possible entre les deux séances via les réseaux sociaux : Samantha Bailly organise des « défis sabliers » (une technique d’écriture progressive sur une semaine).

 

Sur inscription

(les participants s’inscrivent pour les deux journées).

Renseignements :

valdelire@orange.fr

02 38 44 75 66

Lieux : 04/11 : théâtre du Puits-Manu, Beaugency – 03/02 : Maison des associations, Beaugency

Coût de l’atelier  :

Atelier : 30€ + adhésion Val de lire : 15 €

Etudiant.e / lycéen.ne / en recherche d’emploi : atelier : 15 € + adhésion : 10 €

 

Atelier d’écriture avec Jean-Pierre Cannet

Jean-Pierre Cannet est auteur de pièces de théâtre, poèmes, romans et nouvelles.

L’association Val de Lire organise les 20, 21 et 22 octobre de 14h à 18h un atelier d’écriture avec l’écrivain dans la salle de projet du théâtre du Puits Manu à Beaugency.

Jean-Pierre Cannet proposera lors de cet atelier des temps d’écriture brefs suivis de la lecture des textes produits et d’un temps très précis de critique.

La consigne doit être ferme mais incitatrice, elle doit orienter (au moins au départ) le travail sans le fermer sur une situation trop contraignante. Jean-Pierre Cannet

L’atelier est ouvert à tous, collégiens ( à partir de la 3è), lycéens, adultes.

Renseignements et inscriptions auprès de Val de Lire.

valdelire@orange.fr

02 38 44 75 66

Textes écrits lors de l’atelier d’écriture avec Bénédicte Fayet

Invitée par l’association Val de Lire à animer un atelier d’écriture à Beaugency les 17 et 18 octobre 2015, je savais, en préparant cet atelier, que j’allais m’adresser à un groupe de personnes qui, pour la plupart, se connaissaient entre elles. Les propositions d’écriture que l’on donne en atelier sont toujours des surprises, et à plus forte raison les textes produits, même si l’on a vite appris à repérer des voix singulières dans le groupe.

Mais comment imaginer, pour créer plus de surprise encore, que ces personnes-là soient fortuitement, les unes pour les autres, tour à tour expéditrices et destinataires de propositions d’écriture qu’elles auraient elles-mêmes inventées sans que j’y aie la moindre part ? L’idée de la séquence épistolaire était née… Les « propositions d’écriture » étaient des lettres, bien entendu sous enveloppes anonymes, le « jeu » consistait à en piocher une et à s’inventer le rôle du destinataire – ou de la tierce personne qui s’immisce dans l’histoire. Ainsi, pas moyen d’échapper à l’inattendu ! La séance des lectures finales fut un régal. Que de situations romanesques ont été créées par ces duos inopinés ! Certains pourraient, je crois, continuer à tisser leur histoire, il appartient à leurs auteures (le groupe était entièrement féminin) d’en décider.

Plusieurs de ces échanges de lettres figurent ci-après.

En complément de cette séquence centrale, j’ai proposé au groupe de travailler sur les inventaires à la façon de Sei Shônagon. Françoise nous livre ici son « Marsupilami » issu de sa liste de « Choses qui deviennent encombrantes »…

J’ai également donné une proposition sur les mots qui s’invitent souvent, parfois à notre insu, dans nos écrits, ces mots fourre-tout, « mots aimés, mots aimants » comme le dit Camille Laurens, dans Quelques-uns. Quel sens ont-ils pour nous si nous prenons le temps de les interroger ? D’où vient que nous en ayons si souvent besoin ? J’ai invité les participantes à rendre hommage à l’un ou l’autre de « leurs » mots par un petit récit : Marie-Claire et Nicole nous offrent leur « peut-être » (j’avoue que je l’aurais choisi moi aussi !), Valérie son « mais », Catherine son « comme »…

D’autres textes ont été lus en atelier qui, semble-t-il, souhaitent rester secrets. Qu’ils soient certains d’avoir été tout autant aimés que ceux qui ont accepté d’apparaître ici.

Merci à toutes pour ce travail enthousiaste et fécond. Merci à Val de Lire de m’avoir offert l’occasion de passer par là.

Bénédicte Fayet

COMME

 

Comme le vent qui ébouriffe les cheveux sagement apprêtés, comme la vie qui s’installe là où personne ne s’y attendait.

Les comme toi, comme vous, comme nous, comme eux, qui cherchent à égarer la solitude qui ronge les désirs.

Comme avant pour rassurer qu’il existait déjà un monde où on avait pu être heureux.

Comme jamais pour dire combien on peut aimer à l’infini cet autre soi-même enfin rencontré. Et comme après, il y a peut-être un avenir, une autre possibilité de vivre encore un peu.

 

Catherine

 

MAIS

 

Je te vois, je te sais, je te prends, petit « mais ».

Premier mot bredouillé par les enfants pris en faute : « Mais, c’est pas moi ! » ou « Mais, c’est pas d’ma faute ! »

Salvateur « mais ».

Tu opposes, tu rediriges. Mot à tout faire léger, fin. Aérien, tu te faufiles entre les idées, entre les phrases.

Grâce à toi, la discussion continue, se prolonge. Que tu sois utilisé par un enfant, « mais, euh… », ou remplacé par le pompeux et lourd « toutefois », tu es présent, tu es sous-jacent, « mais ».

Que caches-tu ? Une envie de parler peu assurée ? Des idées qui bouillonnent ?

 

Une chose est sûre, en assumant son « mais » on assume ses objections, ses contradictions, ses racines, ses peurs.

 

Valérie

 

 

PEUT-ÊTRE

 

Jamais sûr de lui, peut-être aime la compagnie du conditionnel. Non pas le conditionnel du jeu : « je serais la marchande et toi le chevalier » non, celui du hasard.

Le chevalier va enlever la marchande de fleurs et l’épouser ? Peut-être …

Ils auront beaucoup d’enfants et pleins de chats ? Peut-être…

Peut-être, hasard ou destinée cruelle ?

Peut-être : une épée de Damoclès sur la tête de l’innocent.

 

Marie-Claire

 

PEUT-ÊTRE

 

C’est bien moi, un mot en deux, une action, un état, une incertitude, l’idée va-t-elle naître ou pas ? une possible réalité, passer du virtuel au réel. Une possibilité souhaitée, mais non imposée, une politesse à l’intention de l’autre, un partage de la décision, une existence en devenir, la gestation d’une réalité, la couvaison d’un désir…

Une formule pour dire sûrement, évidemment, bien sûr avec élégance et déférence. Un double mot qui change de sens selon l’intonation . Peut-être ? Peut-être ! Peut-être, celui-ci peut être mal interprété ? Peut-être !

 

Nicole

 

 

LE MARSUPILAMI

Dix ans tu avais. Tu revenais de la fête foraine. J’ai entendu la porte du sous-sol claquer, le chien aboyer. Tes pas précipités dans l’escalier. Ton souffle qui te précède. Te voilà dans la cuisine. Visage radieux, éclats de rire, gloussements, tes yeux immenses du plaisir de me dire :

 

«  Maman, papa et moi on a gagné !

Vous avez gagné quoi ?

Attends de voir papa ! »

 

Quelques instants après, des pas plus lents.

 

« Papa, dépêche-toi, maman brûle de savoir.

C’est quoi ce truc que t’as autour du cou ?

Mamm on a gagné ! Yes !

Un cache-nez ?

Bein Mamm enfin, un marsupilami ! »

 

Je les entends encore et toujours pouffer de rire.

 

Et qui donc a grandi, est parti de la maison en abandonnant Marsupil’ami vautré sur le lit de la chambre d’amis ?

 

Impossible de se débarrasser de cette pieuvre. Impossible de se débarrasser de cet encombrant affectif.

 

Il attend de ses bras vides

En quête d’amour nouveau, avide

Pantelant jaune et brun passé

Indolent, ratatiné.

Envolées mes couleurs du temps.

 

Françoise

 

LES LETTRES …

 

 Dresde , le 13 mai 2011

A

Noémie Durand

Rue du Grenier à Sel

41000 BLOIS

France

 

Madame,

 

Ma démarche va vous paraître singulière mais je souhaite vous  rencontrer, vous connaître : depuis la fin de l’année 89 mes recherches sont sur le point d’aboutir. Enfin j’ai trouvé votre adresse et puis espérer que vous voudrez bien donner suite à ma requête. Je suis à votre recherche et à la recherche de l’histoire de mon père Charles L., cet homme qui a été prisonnier dès la fin de 1940 et retenu dans une ferme  de ce pays qui est devenu la RDA.

Vous ignorez pourquoi je m’adresse à vous?

C’est que cet homme, mon père, est aussi le vôtre : je suis votre frère aîné, resté éloigné et inconnu de mon père à cause du Rideau de fer. Il a ignoré ma naissance, il fut libéré en juin 45 et rapatrié avant ma mise au monde le 30 novembre 1945.

Ma mère, disparue depuis trois ans, a toujours espéré retrouver l’amour de sa jeunesse sans aucune possibilité de voir ce souhait se réaliser.

Pardonnez-moi de venir déranger votre vie en révélant mon existence trop brutalement à mon gré.

La guerre, les accords de Yalta, Staline, ont empêché  toute communication, mon père a ignoré mon existence et n’a jamais pu avoir de nouvelles de la femme qu’il a aimée.

Peut-être aurez-vous peine à imaginer votre père en jeune amoureux, attentionné envers la jeune femme que fut ma maman, jolie malgré les privations et l’insécurité de la guerre.

Si mes informations sont justes, vous êtes fille unique, je suis prêt à vous « adopter » comme sœur. Je vous renouvelle mes excuses, bien conscient de troubler votre vie par ces révélations. Je vous assure de mon profond désir de vous connaître.

Je n’ai ni frère ni sœur ici et souhaite nouer avec vous et votre famille des relations d’amitié, d’affection peut-être, qui ne répareront pas ce que la guerre et le Rideau de fer ont brisé. Il reste sans doute des années à vivre pour se découvrir et enrichir notre vie si vous le permettez. Dans l’attente de votre réponse soyez assurée, Madame, de mes sentiments respectueux.

 

 Votre dévoué

Horst Z.

(Marie-Odile )

 

 

 

A Mr. Horst Z.

De

Noémie Durand

Rue du Grenier à sel

41000 – BLOIS

Blois le 22 mai 2011

Horst,

 

J’ai bien reçu votre lettre du 13 mai dernier par laquelle vous m’informez tout à trac que vous êtes mon frère !

 

Avec ma mère qui est toujours de ce monde, nous évoquons cette longue période de 40 à 45. Pas facile pour elle à son grand âge. La mémoire un peu défaillante. Une chose est sûre, elle pensait qu’en tant que prisonnier mon père allait s’assagir. Privations de temps de guerre sur tous les plans.

En voilà donc une drôle de nouvelle. Me retrouver avec un vieux frère aîné de soixante-six ans ! Entre nous soit dit : il est peut-être temps !

Vous seriez donc mon demi-frère au mieux et enfant adultérin (mes parents se sont unis en 35). Mais pas mon demi-frère aîné.

 

Pour la période de 35 à 40 j’ai déjà été contactée par deux personnes qui se réclamaient d’une filiation avec mon père.

 

Plus on est de fous, plus on danse ! Alors faisons danser la vie.

 

Maman les a accueillies, a été curieuse de leurs vies. Elle est très ouverte. Et j’en ai fait autant. Aujourd’hui, on pourrait dire que nous sommes en famille.

 

Dites-moi de votre vie, envoyez-moi tous les documents que vous avez en votre possession, photos si vous en avez, lettres de témoignage et les dates durant lesquelles votre mère a croisé mon père.

 

Il a été libéré en juin 45 et vous êtes né fin novembre, alors votre maman devait être tout juste enceinte. Je m’interroge.

 

Ah ! mon père. Il en a fait des entorses à sa vie de couple. Autrement dit je ne suis pas surprise par votre lettre. Contrairement à ce que vous écrivez, je n’ai aucune peine à imaginer mon père jeune et amoureux. Jeune et amoureux, il l’a toujours été. Mon père Charles ! Sacré dragueur. Il en a fait des conquêtes ! »

 

A vous lire

 

Demi-fraternellement vôtre… peut-être.

 

Noémie

P.S. Votre français est parfait !

 Françoise Cavelier

 

 

Chère voisine,

 

C’est bien difficile pour moi de vous écrire. J’ai pas dormi de la nuit à cause de cette affaire qui me tient au corps. Comme on habite sur le même palier je vois pas à qui je pourrais le dire d’autre. Je suis pas un homme à se confier à n’importe qui.

J’ai bien vu que vous êtes une gentille fille avec vote marmot qui dit toujours bonjour et bonsoir. Je sais pas pour vote mari comme je l’ai jamais rencontré. Mais bon, j’ai pas à juger. Vous êtes toute rosissante quand on vous salue et ça c’est signe qu’on est modeste et discret disait ma bonne vieille mère. Justement j’aurais besoin de quelqu’un de discret dans cette affaire.

Je suis comme vous, j’ai pas beaucoup de visites et celles que j’ai me réjouissent pas toujours le cœur il y en a même qui me tracassent et qui me font sortir de mon quant-à-soi. Je suppose que vous c’est pareil et des fois la colère déborde de la casserole.

Je sens que vous vous impatientez à force que je tourne autour du pot mais il faut que vous compreniez que je suis drôlement dans l’embarras. Vous devez vous dire « je le connais pas cet homme, qu’est-ce qui me veut ? ».

Pour vous rassurer il faut que je vous avoue que les bouquets de muguet rose sur votre palier eh bien c’était moi ! J’aime bien marcher dans les bois et cette fois-là quand je suis tombé sur ces fleurs j’ai tout de suite pensé à vous à cause que vous avez la même couleur sur les joues quand on vous dit bonjour. Allez pas croire que je vous fais du gringue à mon âge ce serait pas sérieux avec une jeunesse comme vous mais quand même je dois vous avouer que vous êtes gironde. Et puis vote petit aussi il est drôlement mignon et le monsieur qui lui a donné des sous pour s’acheter des bonbons en échange qu’il remontait ses courses c’était moi aussi.

Si vous aimez les promenades en forêt je vous montrerai les coins à champignons ça je m’y connais. Et le petit qui est tout pâlot ça lui ferait du bien. Je lui affûterai des flèches avec des branchettes de peuplier et s’il veut un arc pour ses flèches je peux lui fabriquer aussi. Je vous raconte pas tout ça pour vous attendrir. Juste pour que vous voyiez que je suis pas un méchant homme au fond. Je sais que je suis pas bien bavard mais à l’école on m’a toujours demandé de me taire plutôt que dire des bêtises et après ça pas été mieux… Avec les dames j’en parle même pas. Je sais pas vous mais quand on a pas d’amour ça vous travaille là-dedans à devenir comme une bête. Moi j’ai aimé qu’une fois : ma Yasmine elle était tout pour moi, comme vous vote petit je suppose. Elle était toute ronde et des yeux vous auriez vu ces yeux ! Des yeux qui riaient tout le temps. On en a fait des balades en forêt et on en a mangé des plâtrées de champignons ! Elle savait pas faire le ménage ni la couture mais il y a d’autres choses qu’elle faisait très bien. Bref je veux pas devenir grossier. On voulait un petit un peu comme le vôtre mais moins pâlichon. De toute façon avec la peau basanée qu’elle avait ça risquait rien. Il aurait été doré comme la croûte du pain. Un soir elle est pas rentrée et j’ai pas pensé à mal mais quand la nuit est tombée j’ai commencé à me ronger les sangs. Quand ils l’ont trouvée derrière la palissade ma Yasmine, ses yeux étaient grand ouverts et ils riaient plus du tout et moi non plus vous imaginez. Maintenant qu’on en est là je dois tout vous raconter. Tant pis si vous comprenez pas. Le gars qui a fait ça il a payé, 15 ans derrière les barreaux. Mais pour moi c’était pas assez cher. Alors j’ai attendu, j’ai attendu jusqu’à hier. Quand je l’ai eu dans les pattes je l’ai plus lâché. Je l’ai amadoué, je lui ai offert des coups à boire, on a fait des virées et je l’ai attiré chez moi et là je lui ai fait sa fête. Pendant que je vous écris tout ça il est là à mes pieds. Il est pas trop abîmé mais il est bien raide et les yeux tout écarquillés. Il a pas compris l’animal. Je peux vous avouer que j’aurais jamais cru que je tuerais un bonhomme un jour. Vous voyez que mon affaire est difficile.

Ce qui me tracasse c’est comment m’en débarrasser et vous êtes pas très costaud mais à deux plus vote petit on devrait arriver à le fourrer dans ma voiture ni vu ni connu.

Je devine que ça vous embête mais il faut que j’en finisse. Surtout je sens qu’après on pourra apprendre à se connaître autrement. J’ai pas les mots mais… Si tout se passe bien les promenades en forêt et les champignons on les partagera. Mais si vous voulez pas… faut bien que je vous avoue que j’ai pas envie de trinquer tout seul alors qu’il a fait la peau à ma Yasmine. Après tout c’est aux femmes qu’il s’en prenait.

Je veux pas vous ennuyer plus. Je suis sûr qu’une gentille fille comme vous me laissera pas dans l’embarras.

À ce soir

Votre voisin de palier

(Sylvie )

 

Lettre réponse à celle de Sylvie

Monsieur,

 

Comment osez vous me demander ça ? Ma vie est déjà assez difficile avec mon petit comme vous dites. Il a le droit d’avoir une belle vie, et ce serait une mauvaise action qui pourrait le ronger toute son existence.

Votre bonhomme, là, qui s’en prend aux femmes, c’est pas mon affaire. Je ne suis pas vot’ Jasmine. Les hommes s’en prennent pas à moi. Je sais me défendre, vous savez ! Non, vous pouvez pas savoir.

Merci pour les fleurs et les bonbons. Je me laisserai pas embobiner par un homme qui veut me faire peur.

C’est vrai que je pourrais vous aider à ficeler le corps dans une vieille couverture, à le suspendre à une corde pour le faire passer dans la cage d’escalier. Vous en haut, moi descendant les marches pour le guider, il faut pas qu’il cogne contre la rambarde. Cela ferait trop de bruit. Et en bas, on peut traverser la cour pour rejoindre la ruelle où je pourrais attendre que vous arriviez avec votre voiture. On jette le corps dans le fleuve, en aval de la ville, faudra aller un peu loin et enlever la couverture.

Et après comptez par sur moi pour aller aux champignons avec vous. Il faudra plus me cueillir des fleurs ou offrir des bonbons.

Les joues roses, gironde, j’aime pas comment vous parlez de moi. Ça m’est égal de vous plaire.

 

Je vous laisse pas dans l’embarras et vous me permettez de quitter la ville. Mais avez vous de quoi vous offrir mes services ?

Je garde votre lettre, j’y ai rajouté vot’ nom et la date. Elle pourrait servir.

 

À ce soir, je ferai garder le petit.

 

Votre voisine

(Catherine)

 

 

Brest, le 30/11/1939

 

Cher Guillaume,

 

Je me décide enfin à t’écrire. Voilà quinze jours, j’ai fait un tour au cimetière de P. ; j’y ai rencontré une femme que j’ai reconnue comme étant ton épouse. Elle était accompagnée de deux jeunes garçons, tes fils m’a-t-elle dit. La guerre a assombri leur regard où j’ai cherché en vain la malice de tes yeux bleu pâle. Leurs cheveux drus et ondulés comme ceux de leur mère, leur blondeur d’enfance m’ont étonnée. Rien dans leur visage ne m’a évoqué ta frimousse d’enfant triste.

Te souviens-tu que j’étais d’abord l’amie de ta sœur, elle me manque beaucoup lorsque je vais rendre visite à ma mère qui vit toujours près de la maison de ta grand-mère. Tu avais peu de temps pour jouer avec nous. Ta grand-mère te faisait travailler sans relâche ; tu revenais crotté et blême de fatigue de ces longues journées à garder les vaches ou à ramasser des pommes de terre. Je revois tes mains râpées par le travail de la terre, les ongles cassés, la peau épaissie de crasse.

Je ne sais pas pourquoi ces souvenirs reviennent, là, maintenant que t’écrire me semble nécessaire. Je te revois à l’école, où tu te montrais brillant et toujours déçu de la fin des leçons. Tu savais que tu n’y resterais pas longtemps. J’ai eu plus de chance, j’ai pu continuer en pension à Quimper. Nous nous y sommes croisés. Je t’ai reconnu tout de suite. Tu as fait semblant de m’ignorer, avant de m’inviter à boire un verre de limonade dans ce bar sur le quai. Tu étais comme je l’avais toujours rêvé ; calme, avec ce regard doux et triste qui ne voulait pas croiser le mien. Tu étais en permission, j’avais échappé à mes parents pour la journée. Nous sommes allés à la fête foraine, nous avons ri enfin au milieu des cris et des odeurs de sucre chaud. Les nougats trop tendres nous ont poissé les doigts et les lèvres.

Je t’ai écrit quelques semaines plus tard. Tu n’as peut être pas reçu cette lettre où je te racontais que ma mère furieuse m’avait expédiée comme un colis honteux dans cette ville inconnue, chez une de ses cousines. J’ y ai vécu une longue année de solitude. Ma cousine a gardé l’enfant. J’ai réussi à entrer à l’Ecole normale, c’est une grande fierté pour ma grand- mère.

Nous aurions pu nous rencontrer à Brest où je me suis installée avec ma jeune sœur. Ta femme m’a raconté tes ennuis professionnels ; maintenant tu décharges des bateaux au port de commerce m’a-t-elle dit en soupirant, un peu perdue face à cette vie toujours plus difficile. Elle m’a appris aussi que tu logeais dans un foyer près du pont.

J’espère que tu y es toujours et que tu accepteras de me voir. En ces temps troublés, nous n’aurons pas besoin de nous cacher pour partager une limonade et parler, si tu le veux bien, de ces années perdues. J’ai toujours espéré que le destin nous réunirait à nouveau, tu m’as tant manqué depuis cette folle journée. Lorsque tu as quitté le village pour l’école des mousses, j’ai commencé à t’attendre.

 

Eugénie

(Catherine)

 

 

 

10 décembre 1939

 

Eugénie,

 

Je sais plus quoi penser depuis qu’j’ai reçu ta lettre. J’ai jamais reçu celle que tu m’avais envoyée quelques semaines après cette journée à la fête foraine. J’imagine que les choses auraient été différentes si j’avais su. Comment tu l’as appelé ? C’est une fille ou un garçon ? Où est cet enfant maintenant ? Excuse-moi, j’suis tout embrouillé.

Qu’est-ce que je dois faire ? J’ai l’impression que, plus j’y pense, plus je me perds. C’était y’a 10 ans… Faut vraiment que je te voie pour que tu m’expliques comment on en est arrivé là…

Bien que je puisse plus penser qu’à cet enfant, je vais répondre à tes autres questions. Je te dois bien ça…

Oui, la vie est difficile pour ma famille. Je travaille de nuit pour les bateaux qui arrivent au crépuscule seulement. C’est toujours le même mouvement. Toujours la même manœuvre. Quand j’ai de la chance, les cargaisons sont sous forme de caisses tellement grosses que c’est un engin spécial qui s’en occupe, mais, la plupart du temps, c’est moi et d’autres hommes bien plus à plaindre (l’un d’eux vient de perdre sa femme) qui sommes chargés de vider les bateaux. Les caisses sont extrêmement lourdes et, parfois, deux hommes ne suffisent pas à les soulever. Ces longues nuits de travail me laissent épuisé, tellement épuisé que je n’ai pas le temps de souhaiter une bonne journée à mes fils qui, eux, vont à l’école, que je suis déjà endormi à poings fermés sur mon lit.

Tu sais, Joséphine a pas la vie facile. Elle doit s’occuper de tout, à cause de mon absence et de ma fatigue. C’est une femme courageuse.

Mais maintenant, je ne sais plus qui j’aime. Tu me fais douter : peut-être que je me suis marié avec Joséphine parce que je m’étais lassé de plus te voir ? Je sais pas. Le saurai-je un jour ? Probablement pas. Et puis, c’est plus possible maintenant. Ah si seulement ta lettre dans laquelle tu m’apprenais l’existence de cet enfant m’étais parvenue quand tu me l’as écrite ! Les choses en auraient été autrement, et j’aurais agi en connaissant la situation. 

Eugénie, je suis désolé. Essayons de nous voir lundi 18 décembre à 19h00 au café du port ?

 

Guillaume

(Juliette)

 

 

New York City, 22 mars 2015

 

Hi Paul, ça va ?

Tu sais, ici c’est super. C’est loin de la France, okay, je suis sans ma famille ni mes amis, okay, mais je sens que je vais m’en faire de nouveaux ici.

A l’université, je me suis déjà bien intégré. Ce qui est bien avec ce programme Erasmus, c’est que, non seulement on va étudier 6 mois à l’étranger mais en plus on rencontre d’autres gens comme nous, issus d’un autre pays mais Américains pour quelques mois. Du coup, je parle anglais tout le temps. Si ça continue comme ça, je serai bilingue en rentrant ! Et puis en plus, maintenant, je connais des gens de plein de pays différents ! Hier j’ai rencontré Paolo. Il est dans mon cours d’anglais et est italien. Et il comprend le français ! Alors il me parle dans sa langue et je lui parle dans la mienne.

J’habite dans un petit appartement au 19e étage d’un immeuble qui en compte 32. Tu te rends compte ? Le premier jour, je me suis aventuré au sommet car il y a une terrasse. Je peux te dire que je suis vite rentré ! C’est tellement haut ! A l’ouest, je pouvais voir à l’extérieur de la ville. Ça donnait vraiment le vertige. Mais c’est surtout à cause du vent que je suis rentré chez moi (tu vois ? Je dis déjà « chez moi » alors que je suis arrivé il y a 10 jours !). Bref, à une pareille hauteur, il faisait environ 5°C avec le vent alors que, en bas, la chaleur approchait les 35°C.
En fait, c’est avec ça que j’ai du mal ici. Pas la taille de la ville, ni la langue, ni la solitude. Mon problème, c’est la température. Quand je me lève le matin et que j’aère l’appartement, il fait 25°C alors qu’il est seulement 7 heures ! Mais je pense que je m’y ferai. On s’y fait à ces choses-là, non ?

Se promener dans la ville est quelque chose d’extraordinaire. En France, à ma connaissance, il n’y a pas d’endroits, à part la Défense à Paris, où tout soit neuf, plein de vitres et de gens et où les bâtiments soient d’une hauteur vertigineuse. 
Je trouve ça un peu stressant de marcher à New York. Il y a plein de monde, trop de monde même. Et puis, aux Etats-Unis, le port d’armes est autorisé. Tu sais bien ce que j’en pense, alors quand je vois un homme avec une bosse sous sa veste, ça me met extrêmement mal à l’aise.

Je pense que 6 mois aux Etats-Unis, ça suffit. Il y a quand même plein de choses que je ne supporte pas ici. Mais bon, c’est à voir et tout le monde est accueillant avec moi.

D’ailleurs, demain, je suis invité chez Mary et son frère John. Ils sont très chaleureux : le jour où je suis arrivé, ils m’avaient déjà proposé de venir manger à leur table !
Et tu as déjà entendu un anglophone parler français ? Je trouve l’accent craquant, je sais pas pourquoi. C’est Hank, le copain de Mary qui m’a parlé français. Il parlait très bien et on sentait vraiment que ça lui faisait plaisir de parler avec moi dans cette langue car il n’avait jamais eu l’occasion de parler français avec un « native speaker » comme on dit ici, quelqu’un dont c’est la langue maternelle. 

Je parle, je parle (j’écris plutôt) et je réalise que je ne t’ai encore rien dit à propos de l’université. Comme tu le sais, je suis en fac de Lettres, spécialisation littérature jeunesse. D’ailleurs, ça me fait penser qu’il faut absolument que tu lises Quelqu’un qu’on aime, de Séverine Vidal. C’est un road-trip familial aux Etats-Unis qui montre bien comment sont les Américains. Bref, l’université. Je termine les cours à 16 heures tous les jours. J’ai un peu les mêmes matières qu’à Montpellier mais du coup c’est centré sur les USA. Je découvre plein d’écrivains qui ne sont pas des auteurs de best-sellers mais qui mériteraient, je trouve, une reconnaissance au moins aussi grande.

Et puis j’ai visité plein de choses, notamment la Statue de la Liberté ! C’était absolument fantastique ! Depuis sa couronne, on pouvait voir l’océan à perte de vue et New York et ses immenses bâtiments. Je te souhaite vraiment d’y aller un jour.

Enfin. Maintenant que j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur ma nouvelle vie, à toi ! Je veux tout savoir sur ta fac de musique !

A bientôt,

 

Marc

(Juliette)

PS : ton groupe préféré est à New York la semaine prochaine !

 

 

 

Montpellier, 17 avril 2015

 

Salut Laura,

 

Alors, quoi de neuf pour toi ? Comment se passe ce 2e semestre à la fac de sociologie de Strasbourg ? Ça doit te changer de Montpellier, forcément ! Tu m’avais narré tes débuts un peu difficiles suite à ce changement de fac : accepter de se sentir perdue et sans repères dans une nouvelle ville, savoir gérer sa solitude en attendant de se faire de nouveaux amis, supporter le froid intense qui glace les os dès le milieu de l’automne… Qu’en est-il maintenant ?

Je t’avoue que de mon côté, la dislocation de notre inséparable trio – Marc, toi et moi – m’affecte profondément, et plus encore. Les mots me manquent pour t’expliquer ce que je ressens. Du coup, je me jette à corps perdu dans la musique. En plus des cours de musicologie à la fac – lesquels me prennent déjà pas mal de temps –, je pratique la contrebasse plus que jamais. Figure-toi que J’ai même intégré un petit groupe local de jazz, « The Blue Foot Quartet ». Nous nous produisons régulièrement les vendredis et samedis soirs au Jazz Club de Montpellier. Heureusement que j’ai cela !

Figure-toi que je viens de recevoir des nouvelles de Marc. Je ne résiste pas au besoin de t’en parler, car je ne sais quoi faire avec cette lettre qui me brûle les doigts : il m’y jette son bonheur au visage, sa joie de vivre à NY et ainsi réaliser son rêve, sans imaginer une seule seconde la douleur que cela me procure ! Comme si, une fois de plus, il voulait me convaincre du bien-fondé de sa décision de partir là-bas ! Tout est bon pour étaler sa joie et sa plénitude ! Par de longues descriptions, il me parle de la beauté de la ville, de la richesse du multiculturalisme de la fac, des nouvelles rencontres qu’il fait (à m’en rendre jaloux ! Surtout un certain Paolo, italien… Bref, tu imagines le tableau !). Et moi qui suis là, les bras ballants, à ne plus supporter le soleil de Montpellier, à haïr le son des mouettes, pour mieux me réfugier dans la nuit et le jazz, mes seules sources de répit et de soulagement !

Bien sûr, Laura, je t’entends d’ici me dire que j’exagère et tu as raison ! Marc évoque effectivement quelques difficultés comme le stress que lui procure la foule (j’imagine des rues bondées où les gens se pressent, coude à coude, sans un regard pour leurs voisins), ou l’angoisse liée au fait que le port d’arme est légal et largement pratiqué (pour sûr quand tu penses à ces fusillades régulières que la presse nous rabâche, ça fait froid dans le dos !). Mais au final, je ne vois là que subterfuges pour mieux m’amadouer et essayer de calmer ma rage – qu’il doit sûrement pressentir – due à son départ.

Laura, j’ai vraiment besoin de tes conseils. Tu as toujours été la plus posée de nous trois et celle à qui j’ai osé avouer mon amour pour Marc. Mais lui ne comprend visiblement toujours pas… Que dois-je faire ? Faut-il que je prenne un billet d’avion pour aller le retrouver ? (mais tu sais à quel point la perspective de monter dans un avion est quelque chose d’à peine envisageable pour moi). Faut-il que je lui écrive mon amour (cette lettre que je n’ose rédiger depuis des mois) ? Ou faut-il que je l’oublie à jamais (je ne sais même pas comment faire cela !) ?

Laura, je compte sur ta réponse rapide. Par courrier stp, car une discussion à ce sujet au téléphone est pour moi inenvisageable aujourd’hui. J’espère que tu comprendras.

A bientôt chère amie,

Paul

(Marie)

 

Mercredi 10 septembre

 Maman,

 

Je t’écris parce que Nathalie l’éducatrice du Bois Joli a dit qu’aujourd’hui il fallait écrire à notre famille. Alors moi je t’écris à toi parce que tu es ma famille. Il faut pas t’inquiéter, ici ça va bien. Je mange bien quand il y a de la crème à la vanille. Sinon j’aime pas trop.

Je dors bien dans ma chambre avec Steven. Il pleure souvent. Je mets mon pull rouge, celui de mamie. J’en ai pas d’autre. Les éducatrices sont gentilles, mais je préfère Nathalie. Michèle, elle gueule tout le temps après nous.

J’espère que ça va pour toi, ma petite maman, que tu regardes la télé avec ta clope et ta bière. Nous la télé, c’est que le mercredi après-midi, le samedi, le dimanche, c’est déjà bien.

Faut que j’arrête, c’est la douche. Ecris-moi, je te fais un gros bisou.

Kévin

 

 

Mercredi 17 septembre ,

 Maman,

 

Peut-être que t’as pas eu l’autre lettre. C’est le jour d’écrire, j’écris. Il fait beau. Hier on a couru, j’ai presque gagné. J’ai eu un écusson et des mars au goûter. Le pull de mamie est déchiré, mon coude passe par le trou. Michèle, celle qui gueule, dit « il faut en mettre un autre ».  « J’en ai pas, j’ai dit ». « Demande à ta mère, sinon, c’est moi qui vais lui demander ! » Alors je te demande un pull pour pas que Michèle, elle t’engueule. J’ai vu Mme Martin, le docteur des soucis de la tête, elle est gentille mais elle voulait tout savoir de toi, de moi, de Georges. J’ai pas dit quand Georges ma faisait faire des trucs debout sur la table. On voit plus les traces…

Steven, il pleure encore et sa mère lui a envoyé une boîte à chaussures pleine de bonbons et de mars. J’en veux bien aussi s’te plaît des bonbons et un pull.

Bisous.

Kévin

 

 

Mercredi 24

 

Ma maman.

A la tienne ! J’ai pas besoin d’un autre pull. On a été en ville hier avec Nathalie, elle en a acheté un. Elle a dit bleu comme tes yeux ! Il est doux et chaud, un peu grand pour durer. J’aime bien Nathalie. Elle a joué avec nous à la bonne paie. Je suis tombé sur la case « vous avez joué à la loterie et gagné 10 000 € ! Toi au loto t’as jamais gagné ça ! et Georges au tiercé non plus ! Dommage la bonne paie, c’est pour de faux. J’aimerais que tu m’écrives comme la mère de Steven. Peut-être t’as pas le temps. Juste 2 lignes !

Je te fais un gros poutou.

Kévin

 

 

Mercredi 1er octobre

 

M’man faut que l’te dise, j’suis puni ! C’est un peu de ta faute. Tu m’écris pas alors je me suis dit qu’il t’était arrivé quelque chose, je ne pensais plus qu’à ça, si il t’était arrivé quelque chose ! Georges qui te bouscule, tu tombes dans l’escalier l’hôpital… je voulais savoir, te voir. Je suis parti sans que personne ne voie, j’ai couru, couru… J’ai fait du stop, une voiture s’est arrêtée, j’ai donné l’adresse rue des pensées.

La dame qui conduisait n’a rien dit, m’a ramenée ici ! Michèle m’a puni. J’ai pleuré. Steven m’a consolé. Je vais voir Mme Martin tout à l’heure, je vais lui dire que je veux de tes nouvelles…

Maman , s’il te plaît !

Kévin.

(Nicole)

 

Centre « Le Bois Joli »

Allée des Acacias

   BP 36 244

Lanouelle Sur Pozon

Jeudi 2 octobre

Chère madame,

Je me dois de vous informer que votre fils Kevin a commis une faute grave à l’encontre du règlement intérieur du Centre le Bois Joli. En effet pendant la journée du mercredi 1er octobre il a tenté de s’enfuir et, à cette fin, a brisé la vitre des cuisines pour ouvrir la porte qui donne sur l’extérieur. Nous savons vos difficultés actuelles et le directeur n’a pas souhaité vous imputer les frais de réparation, ni donner suite auprès de la gendarmerie. Cependant si « Le Bois Joli » prend en charge l’entretien de votre enfant, auquel vous n’avez pas su faire face, je dois vous mettre en garde et vous prévenir que s’il récidive nous devrons porter plainte et ceci n’en sera que plus accablant lors du jugement que vous et votre conjoint attendez concernant le retrait ou non de votre autorité parentale.

Votre fils Kevin est un bon garçon même s’il peut se montrer parfois brutal avec ses camarades ( il est vrai que l’exemple qu’il a eu sous les yeux durant son enfance ne lui facilite pas les choses) et sait attirer l’estime si ce n’est l’affection du personnel. À cet égard une animatrice lui a offert un pull-over pour remplacer celui que vous n’avez pas voulu lui envoyer malgré sa demande écrite. Ceci prouve combien votre fils est entouré d’attention et peut être parfois l’objet d’un certain favoritisme parmi les animatrices du Centre. L’animatrice n’a pas souhaité que le pull-over lui soit remboursé. Considérez ceci comme une marque supplémentaire d’estime à l’égard de votre enfant. De même l’automobiliste qui l’a pris en stop a eu l’extrême gentillesse de le ramener au centre au lieu de se rendre à la gendarmerie. Vous voyez par ces deux exemples récents que Kevin peut se montrer digne d’intérêt et même émouvoir autrui, malgré ses incartades.

Je reconnais, à sa décharge, que l’absence de courrier en réponse aux siens, a sans doute motivé ces actes répréhensibles. Je compte donc sur votre compréhension pour lui expliquer dans votre prochaine lettre la nécessité d’un comportement adapté à sa situation et à la vôtre .

Je vous prie d’agréer, Madame, mes sincères salutations.

Madame Michelle Firmin,

adjointe à la direction du Centre « Le Bois Joli »

 

 

Atelier d’écriture avec Bénédicte Fayet

L’association Val de Lire organise les 17 et 18 Octobre 2015 de 10h à 13h et de 14h30 à 17h30 un atelier d’écriture avec Bénédicte Fayet, dans la salle de projet du théâtre du Puits Manu.

Bénédicte Fayet est auteure de romans et de nouvelles publiés notamment chez POL, au Temps Qu’il Fait et aux éditions du Rouergue.

Elle a été professeur de français-latin avant de se spécialiser dans l’animation d’ateliers d’écriture et le suivi d’auteurs.

L’atelier est ouvert à tous.

Inscription obligatoire auprès de Val de Lire (places limitées)

valdelire@orange.fr ou 02 38 44 75 66

Coût de l’atelier :

° Etudiant/Lycéen/en recherche d’emploi

10 € (adhésion 2015) + 15 € (atelier)

° Autre

15 € (adhésion 2015) + 30 € (atelier)

 

Une rencontre lecture avec l’auteure est proposée le 17 octobre à 19h, dans la salle de projet du théâtre du Puits Manu. Entrée libre. Pour tout public.

Proposition d’écriture pour le trentième Salon

Cette année, pour le trentième anniversaire de notre Salon du Livre, nous proposons aux classes qui le désirent d’écrire un texte :

–    il sera intitulé : L’ANNIVERSAIRE

–    Commencera par  «  Depuis bien longtemps (ils , elles, il , elle,) préparai(en)t ce jour d’anniversaire »

–    Et se poursuit ou se termine par …  « il (ou elle) jeta le cadeau au fonds du puits, peut-être y est-il encore ? … »

–    Le texte devra être tapé sur ordinateur et faire entre 1000 et 5000 caractères, espaces compris.

L’histoire peut être ou non illustrée.

Les textes sont collectifs ou individuels, ils devront être adressés à valdelire@orange.fr sous forme de fichier numérique  et parvenir

AVANT LE 25 MARS.

Nous ferons en sorte que les « écrits » soient présentés sur le salon.

Quelques unes des productions écrites lors de l’atelier avec Fabienne Jacob

L’effaceuse 

Aujourd’hui : blanche, quelquefois : grise parce que mie de pain, autrefois : rose et bleue.

Coquine et serviable, elle arrange celui qui l’utilise. D’un seul coup disparait l’erreur, l’idée

rejetée, le  trait trop long. Quelquefois imprévisible, elle trace un ruban noir sur la feuille.

Amaigrie, elle oublie sur la table les quelques grammes qu’elle a perdus grâce à la

gymnastique imposée par son propriétaire.

Elle a 5 lettres : G, O, M, M, E.

 

La farine

J’adore la farine, sa couleur blanche comme la neige ou qui change selon différentes tonalités de marron quand elle est intégrale.

J’adore plonger ma main dans la farine et sentir sa souplesse et en même temps distinguer les petits grains dont elle se compose.

De tout petit grains qui en constituent l’unité, une matière en mouvement qui se dilate et change sa forme tout en gardant son essence, quand elle est mélangée à d’autres éléments.

La farine est humble, simple, et pourtant elle enrichit, en se transformant, tout ce qu’elle accueille. Le parcours de la farine, le parcours d’une vie: tout en gardant sa propre essence, perdre quelques chose de soi pour accueillir l’autre.

Monica

 

 

Un enfant aveugle descend à la cave chercher des pommes.

D’abord une kyrielle de marches à descendre sur les fesses : sensation froide.

Debout, la moisissure des murs au contact de la main.

Enfin, la bonne odeur des pommes, plus loin, au fond de l’antre.

Marie-Claire

 

Depuis tout petit…

Depuis tout petit, Raoul Coutard avait aimé les ustensiles de cuisine. A cette époque et , plus particulièrement dans son milieu, les jouets n’existaient pas. C’est tout naturellement qu’il commença à taper de la cuillère avant d’imiter ses frères aînés qui jonglaient avec des assiettes. Il s’initia quelques temps aussi à l’orchestre avec casseroles et couvercles mais, pour finir, consacra sa vie aux couteaux.

A huit ans, il obtint son premier canif : lame courte, manche lisse et brun. Il le tâtait régulièrement dans sa poche et le glissait la nuit sous son oreiller. Il fit ensuite collection de tout ce qui existait dans l’art de la coutellerie : couteau à pain, à viande, à beurre, à ciseler, éplucher, trancher, du fin couteau de demoiselle au coupe-gorge du boucher. Ses tiroirs en étaient pleins, les plus beaux ornaient les murs de sa chambre.

A l’adolescence, il donna à sa passion un tour plus viril. Un mot déplacé, un regard incisif et il sortait promptement un couteau menaçant. Pour séduire les filles, il taillait au canif un cœur dans l’écorce des arbres, cible idéale pour cet amateur du lancer.

Enfin, devenu adulte, il s’engagea dans un cirque ambulant.

Cette passion s’arrêta net le jour où il planta accidentellement son couteau suisse dans le ventre de sa jolie partenaire.

Marie-Claire

 

Pipi dans l’herbe.

J’ai 4 ans, Rémi, un an de plus peut-être. Il est en vacances chez notre voisine. Il y est le seul enfant, et moi aussi je suis la seule enfant de mes parents. C’est un après-midi d’été, je porte une robe de cotonnade légère, Rémi est en short. Maman nous laisse jouer dans le jardin sur un tas de sable. On fait des tunnels pour les voitures de Rémi. Nos petites mains creusent le sable, on parle peu, juste ce qui est nécessaire pour notre réseau souterrain.

Tout à coup Rémi met la main à sa ceinture et dit :

–       Attends je fais pipi. Il fait trois pas et commence à faire pipi dans l’herbe. L’évocation de son envie est contagieuse. Je dis juste :

–       Et moi aussi !

Je fais attention de bien baisser ma culotte pour ne pas la mouiller et installée face à lui, je me soulage. Je découvre comment lui, fait pipi ! Je lis le même étonnement sur son visage de petit garçon. On a fini de faire pipi, on continue de se regarder.

–       Qu’est-ce que vous faites là tous les deux ? je n’avais pas entendu ma mère arriver. Je sens mes joues devenir brûlantes, les larmes couler. Je me relève, remonte vite ma culotte. Rémi répond :

–       On a eu envie de faire pipi.

Ma mère nous félicite pour notre autonomie, et moi je me jette contre elle, je pleure, je pleure de honte, honte d’avoir sûrement commis une bêtise… Maman essuie mes larmes et m’incite à aller rejoindre Rémi qui a repris la construction de notre réseau souterrain dans le tas de sable.

On n’en a plus jamais reparlé !

Nicole

 

Pensées et paroles sur le chemin

Regard, sourire, les chemins, des rencontres. On s’embrasse, les sourires, les mots qui marchent qui sortent des sourires.

Chemin, chemin, rencontre et embrassades, sourire et ce regard qui guide toujours et pour toujours ce même regard reste là…sourire, mots encore et silence, puis pas de mots et chemin, chemin, embrassade et regard fixe, fixé sur moi.

Sourire mort, vivant et regard toujours le même. Mots qui marchent dans le chemin, rencontres, embrassades et regard, toujours le même regard qui m’appelle et me guide. Chemin, je vais vers lui, embrassade, sourire, pas un mot, je suis le regard, je marche, chemin…

Monica

 

UN JOUR à …

Quelle belle journée tu vas passer ! Tu vois, tout va bien se passer, ça commence très bien. Tu arrives, tu marches, tu souris en pensant à eux, demain, tu seras de retour.

T’es barré, au large, descendu l’escalier, c’est le sable. Marche, va là-bas, au sable ferme, encore imprégné d’eau salée, quitte tes chaussures, tes socquettes, marche pieds nus, allez !

Allez ! Fais-le tout de suite ! Tu vois, tu comprends, cette liberté-là, personne ne peut te l’enlever, ça te manquait, un jour à la mer ! Ce vent du large, l’horizon et ça, pieds nus, la plage fait quinze kilomètres, marche, imprime tes pas à marée basse, retourne-toi, vois, tes empreintes. Heureux, tu souris au ciel, aux nuages, aux mouettes criardes.

Que fais-tu ? Tu quittes ta chemise, oui, enlève, c’est charnel, la douceur de cette caresse entre le soleil et toi, tourne sur toi-même, écarte les bras ! Qu’est-ce que tu veux faire de plus ?

Sois heureux, allonge-toi. Oublie-les, ceux qui planchent au bureau sur les marges, les bénéfices. Qu’ils ne comptent pas sur toi pour leur dire que tu es venu jusqu’ici, passer un jour à la mer.

Dominique

 

En chemin

Elle ferme la porte à clef. Traverse énergiquement la route. Elle a un peu mal dans ses chaussures. Elle contourne le tas de feuilles. Il n’y a que les enfants qui sautent à pieds joints dedans. Dommage ! Elle en aurait envie. La petite fille en elle rit. Pour une fois, elle porte une jupe. Cela fait partie des changements que l’on peut observer d’elle ces derniers temps. Quel âge a la beauté ? Elle regarde sa montre, elle aurait bien aimé arriver un peu plus tôt. Le message de Nicole disait 9h30 pour boire un café. Ce n’est pas tellement pour le café, elle en a un dégoût parfois, c’est pour discuter un peu avant l’atelier. Elle n’a pas eu le temps de lire un livre de Fabienne Jacob. Elle achètera Mon âge. Elle replace son sac sur l’épaule, elle se sent bien en jupe. Il y a des périodes dans la vie… elle est elle-même… avec des changements. Si elle compte les années qui restent…Qu’elle se fiche la paix, assez de se tourmenter ! Elle n’avait pas mis ces chaussures depuis l’hiver dernier. Elles sont marrons, à lacets. Ce sont celles qui s’accordaient le mieux avec la jupe. Elle en a des anecdotes sur les lacets. À combien d’enfants a t’elle appris ? Elle a prévu un châle, il fait souvent froid dans cette salle. Elle en achètera un nouveau pour sa mère. La vieille femme est belle enveloppée dans la couleur. C’est surtout le geste de la couvrir qui est tendrement beau, comme on borde un enfant. Elle compte les années depuis la dernière fois où elle a fait un atelier d’écriture. Elle accélère un peu son allure. Elle a froid dans le cou, relève le col. Les boucles d’oreilles s’y coincent. Quelle idiote ! Elle n’a même pas pris un stylo ! Aller à un atelier d’écriture sans crayon. Elle longe le mail, reconnaît Jacques et Marie-Claire. Elle n’est pas la dernière. Elle n’a même pas regardé sur internet qui était Fabienne Jacob. Elle est souriante. Elle appréhende. Elle embrasse Jacques puis Marie-Claire. Elle place toujours le bras derrière l’épaule de l’autre pour dire bonjour, avec chaleur. L’écriture, c’est particulier pour elle. Elle n’en a pas encore décelée le mystère. Elle est parfumée. Légèrement maquillée. Trois jours pour elle.

Audrey

 

Peau d’âne et son prince.

Patience, attends, attends ! Elle est où la tarte ? Attends, patience ! tu l’as vu la tarte ? On avait dit dedans, dans la tarte ! La bague, dans la tarte, sa fragilité ! L’amour, la bague d’amour, dans la tarte ! Pourquoi elle est pas là ? pourquoi ? Tu sais, on a dit la bague d’amour, sa fragilité dans la tarte, tu sais on a dit l’amour, la tarte, la fragilité d’amour, la bague, tu sais on l’a dit ! Patience ! Patience ! Elle est où ? Tu dis patience, patience, attends ! attends ! Mais impossible, la vie là, l’amour, la vie, la bague, la tarte. Tu dis pas la guerre ! Impossible, j’ai dit impossible, la tarte ! la bague ! la vie ! l’amour ! j’ai dit la vie l’amour ! J’ai dit …

Je te tue !

Nicole

 

Le verrou de la tour

Il avait certes été un peu touché par la remarque. Oui, il l’admettait, il ne s’abandonnait jamais complètement. Parce qu’il était un homme avait-elle dit. Au contraire des femmes, les hommes se livrent peu avait-elle insisté. Il n’aimait pas être rangé dans de doctes catégories. Bien sûr qu’il était un homme mais s’il y avait une part de vrai dans la remarque, elle n’expliquait pas tout. Il en souffrait justement  de cette rétention. Était-ce pudeur ? Était-ce orgueil ? Défiance ? Mépris ? Lassitude ? Le verrou sauterait-il un jour ? Et pour faire quoi ? De fait il avait développé tout au long de sa vie l’art de tout maîtriser. Insensiblement ça l’avait isolé. Mais dans cette tour d’ivoire au moins, il n’avait de comptes à rendre à personne. Il orientait les conversations vers les autres, faisait tout pour que les gens parlent d’eux-mêmes plutôt que de lui. Il suffisait d’amorcer adroitement. Il n’admettait pas la critique non plus que le compliment. Qui étaient-ils donc, tous, pour oser vouloir entrer dans cette intimité dont il avait fait un nid d’aigle inexpugnable?

Il continuerait dans l’insignifiance, il le savait. La vérité lui faisait peur. La vérité le tuerait, il en était persuadé.

Jacques