Coup de cœur pour  » Brille encore, Soleil d’or  » par Nicole Verdun

Brille encore, Soleil d’or, ZHU Chengliang, Véronique MASSENOT, GUO Zhenyuan, Collection Vent d’Asie , HongFei Cultures, 2019

Nous avons eu l’honneur d’être invités par les Éditions HongFei Cultures à une rencontre exceptionnelle avec l’illustrateur chinois ZHU Chengliang et le talentueux carnettiste Nicolas JOLIVOT. À pied, d’île en île Baltique de Nicolas JOLIVOT et Brille encore soleil d’or, illustré par ZHU Chengliang, (titre original Ne laissons pas tomber le soleil), écrit par GUO Zhenyuan, adapté par Véronique MASSENOT, nous ont été offerts. C’est ce dernier livre que j’ai envie de partager.

D’entrée, on repère les couleurs dominantes, doré, comme le soleil et la lumière qu’il projette sur les arbres de la colline, rouge comme la chaleur qu’il diffuse. La colline représente le monde, elle est pratiquement toujours de profil, les animaux en sont les habitants. L’album se déroule sur une journée, au rythme du soleil, dans le même lieu : la colline boisée d’essences variées. Heureux de voir monter (sur la gauche de la colline) l’astre solaire qui leur réchauffe le cœur, les animaux sont heureux. Puis ils se réfugient dans une grotte pour échapper au froid sitôt que les nuages le cachent et laissent tomber la pluie. Alors, tout devient gris, dedans, dehors. Puis le soleil réapparait.

Les heures passent, et c’est bientôt l’après-midi. Tout doucement, l’astre redescend dans le ciel de l’autre côté de la colline.

Il tombe, tombe… Il faut faire quelque chose. Ne le laissons pas tomber ! Les animaux appellent : Brille encore soleil d’or ! et, tour à tour, tentent de stopper sa chute. Les oiseaux avec un lasso de brindilles, le singe avec un long bambou, et puis les écureuils, le buffle, le panda, le kangourou, le chat, … chacun y va de sa méthode. Et chaque fois « En vain » ! Alors, dans un monde plat, devenu gris de nouveau, petites et grosses pattes creusent pour retrouver le soleil. Mais ils y trouvent le … sommeil ! Le lendemain matin, le coq s ‘aperçoit le premier du retour du soleil et tous les animaux tournent leur regard vers l’horizon persuadés qu’ils ont réussi à faire réapparaître l’astre lumineux !

Le déplacement visible du soleil autour de la terre est longtemps resté mystérieux pour les observateurs. Les diverses mythologies y ont apporté chacune leur réponse. Généralement un char solaire tiré par de vaillants chevaux ! Dans cette histoire le soleil est peut-être là juste pour satisfaire au bonheur des animaux ?

Ce que l’on pourrait prendre pour des représentations naïves d’animaux sont inspirés dans leurs formes et leurs couleurs d’objets chinois laqués. De même, les habits et attitudes des animaux rappellent les figurines de la tradition folklorique chinoise. Une histoire pleine de tendresse, faite de moments d’un bonheur simple, lumineux et doré et d’autres remplis de tristesse et d’inquiétude. Comme le quotidien de la vie ! Pour nous, un joli voyage exotique en littérature.

Cet album a été récompensé par le prix international Little Hakka à Shenzhen (Chine) en 2018.

«  ZHU Chengliang, né à Shanghai en 1948, a passé son enfance à Suzhou. Il entre à l’école d’art de Nanjing et se spécialise dans la peinture à l’huile. Créateur de livres pour enfants depuis 1984, il compare son travail d’illustrateur à celle d’un metteur en scène. Casting, décors, costumes et accessoires : rien n’est laissé au hasard, pour que les personnages, forts de leur émotion contenue, prennent vie. ZHU Chengliang vit en Chine. »

Coups de cœur pour trois albums à retrouver lors du salon du livre

Coups de coeur pour Les Riches heures de Jacominus Gainsborough de Rébecca Dautremer, Promenons-nous dans les bois de Pauline Kalioujny et l’univers de Ghislaine Herbéra.

Retrouvez ces trois autrices et illustratrices au salon du livre les 29, 30 et 31 mars.

 

Les Riches heures de Jacominus Gainsborough, Rébecca Dautremer, éditions Sarbacane, 2018

Toute une vie racontée dans cet album -magnifique- de Rébecca Dautremer. La vie singulière de Jacominus : simple et complexe, légère et grave, lumineuse et sombre à la fois.

Douze double-pages sont des merveilles à contempler et à ressentir. Elles révèlent avec force et émotion les moments importants de la vie de Jacominus. Ces paysages alternent avec des portraits du personnage, qui au fil des pages, grandit puis vieillit et des images juxtaposées parfois de manière incongrue comme dans un album photo.

Jacominus est un lapin (nous l’oublions tant il est humanisé et sensible), il est rêveur, il parle peu. C’est surtout son regard et sa posture qui sont très expressifs et qui le rendent intensément vivant. Une légère inclinaison de la tête ou une paupière fermée, c’est là toute la délicatesse et la grâce des illustrations de Rébecca Dautremer.

Jacominus, pour quoi est-il lui et pas quelqu’un d’autre ? Y a t’il une place pour lui dans ce monde ? Quelle est-elle ? Comment la trouver ?

Rébecca Dautremer instaure une connivence avec le lecteur ou la lectrice, elle lui voue une grande confiance, tout n’est pas dit, elle suggère, elle questionne, elle cherche avec lui ou elle : « Qu’est-ce donc une vie qui vaut la peine d’être vécue ? ». Le rapport entre le texte et l’image se renforce au fur et à mesure des lectures. C’est un livre qui accompagne toute une vie, qui se découvre et se redécouvre à tous les âges…

Audrey Gaillard

 

L’univers de Ghislaine Herbéra

Difficile de choisir un album parmi tous ceux de Ghislaine Herbéra : Monsieur Cent têtes, prix du premier album du Salon de Montreuil en 2010, L’heure bleue, La grenouille qui grimace, Les trois bons amis, Sorcière blanche

Monsieur cent têtes est un album sur les différentes humeurs, sentiments exprimés à travers des masques. Chaque page est consacrée à l’un d’eux.

L’heure bleue, La grenouille qui grimace rassemblent la même famille nombreuse de petits êtres ronds ( qui avaient fait leur première apparition dans l’album La poupée cacahuète).

L’histoire se construit à partir du bébé de la fratrie, soit qu’il ait besoin d’un câlin, soit qu’il ne veuille pas manger sa purée de cacahuètes. Les couleurs pastel et tendres n’enlèvent rien à l’espièglerie des frères et sœurs ni à la note très volontairement féministe : la maman bricole et le papa lit des histoires. L’attention portée à l’autre est au cœur de ces deux albums.

G. Herbéra est aussi l’illustratrice du très bel album « Sorcière blanche » écrit par C. Norac. Ce conte reprend le thème de la sorcière ou ogresse en recherche d’enfant. La langue en est très poétique, et dans les illustrations de G. Herbéra on retrouve son goût du masque à travers le visage rond du « simplet ». Le combat en noir de la sorcière avec l’enfant rappelle les jeux en ombres chinoises que l’on a vu dans « La grenouille qui grimace ».

Sylvie Van Praët

Promenons-nous dans les bois, Pauline Kalioujny, éditions Thierry Magnier, 2017

Coup de cœur pour le travail de Pauline Kalioujny, et en particulier cet album-leporello qui se déroule comme un travelling de cinq mètres dans une forêt en noir, blanc et rouge.

On s’attend à entrer dans le domaine du familier, à savoir la ritournelle « promenons-nous dans les bois ». L’illustration nous annonce un modèle connu, celui de la fillette perdue dans la forêt (proche du petit chaperon rouge) et du grand méchant loup.

L’image joue un rôle contradicteur d’une manière inattendue : au refrain « loup que fais-tu ? », le visage de la petite fille change progressivement, de la malice du jeu enfantin, à la peur. Mais pas la peur du loup, car à mesure que l’on déroule le leporello, on comprend que les animaux fuient (et Baba Yaga, qui fait une apparition !), un oiseau gît au sol… et le bois disparaît sous les coups de machines de chantier et des tronçonneuses d’hommes dont l’uniforme orange rompt l’harmonie des teintes.

Le texte de la chansonnette reste identique, mais est détourné par l’illustration d’une catastrophe écologique. « Loup y es-tu ? » devient un appel désespéré. La revanche se prépare subtilement : « je mets mes griffes », « je mets mes dents »… le loup, jusque-là caché dans l’image, surgit pour charger les bûcherons, avec l’enfant montée sur son dos.

Le dos du leporello poursuit l’histoire après cette attaque, avec des scènes dispersées qui portent l’espoir d’un retour à la vie pour la nature et les animaux (dont un représentatif ver de terre pour la biodiversité).

Un brillant détournement des personnages de l’enfant et du loup, pour un propos clairement engagé, à travers la dédicace finale « aux générations futures ».

Anouk Gouzerh

Participation à l’émission de France 3 « Ensemble c’est mieux »

Roulebarak, le camion à histoires ! Concept ingénieux de bibliothèque itinérante, il a été imaginé en 2013 et depuis, il roule sa barque Roulebarak, mais auprès de qui et en quoi cela consiste-t-il ? Audrey Gaillard, chargée de mission au sein de l'Association val de lire à Beaugency (45) nous disait tout sur ce concept et ses prochains lieux et dates de rendez-vous avec le public. L'occasion de parler du 34e salon du livre jeunesse auquel Roulebarak participera et qui aura lieu à Beaugency du 29 au 31 mars 2019. C'était hier, dans Ensemble c'est mieux avec France 3 sur France 3 Centre-Val de Loire. Pour revoir l'émission dans son intégralité, direction la page de nos replays ici : https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/emissions/9h50-matin-centre-val-loire

Publiée par Emilie Canton sur Mercredi 13 février 2019

Invitée par l’équipe de l’émission « Ensemble, c’est mieux » de France 3 Région Centre Val de Loire, Audrey Gaillard présente Roulebarak le mardi 12 février.

 

Coup de cœur pour Chut ! de Morgane de Cadié et Florian Pigé par Sylvie Van Praet

Ce n’est pour commencer qu’un problème de voisinage entre deux lapins dont l’un, monsieur Franklin, un lapin blanc, n’aime pas son voisin, un lapin noir.

Deux maisons en bois, sur pilotis, séparées par la reliure que rien ne semble pouvoir rassembler : l’une est occupée par M. Franklin et l’autre par son voisin.

Franklin est grognon et le voisin fait continuellement la fête : il est donc bruyant. M. Franklin a beau crier « Chut ! » rien n’y fait. On ne l’entend même pas.

Mais le pire ce n’est pas le voisin mais ce troisième personnage, pour le moins étrange : un oiseau qui se pose sur le toit de la maison de M. Franklin. Et plus celui-ci se fâche et plus l’oiseau grossit au point de faire s’écrouler la maison.

Au fil des pages l’image se ressert sur les lapins jusqu’à ce que le voisin vole, au sens propre, au secours de M. Franklin. Ils vont reconstruire ensemble sa maison, différemment, et « même s’il ronchonne toujours un peu, monsieur Franklin est bien plus heureux. »

La symétrie des cabanes est rompue mais à la fenêtre ouverte de M. Franklin il y a maintenant une fleur. Bien que différents les deux lapins construisent une passerelle qui relie leurs maisons.

Tout à la fin de l’album, on pourrait même rêver à une ville où toutes les maisons, bien que différentes, communiquent.

Les illustrations en sépia puis en noir au moment de la catastrophe (l’écroulement de la maison) se focalisent sur les lapins ronds et touchants l’un comme l’autre.  Et s’ils ne se parlent jamais – peut-être d’ailleurs ne parlent-ils pas la même langue ? – leurs yeux, très mobiles, suggèrent l’évolution des sentiments de l’un vis à vis de l’autre.

Florian Pigé sera présent au 34e Salon du livre jeunesse les 29, 30 et 31 mars 2019.

Chut, Morgane de Cadié et Florian Pigé, éditions HongFei, 2017

Coup de cœur pour On a trouvé un chapeau, de Jon Klassen, par Sylvie Van Praët

Album partagé au cours de la soirée de lecture du 18 octobre : lors de ses soirées, chacun est invité à présenter et lire un album de son choix, dont nous discutons ensuite librement. 

On a trouvé un chapeau, Jon Klassen, éditions Milan, 2016

Quand deux paisibles tortues qui font toujours tout « ensemble » trouvent un chapeau, un seul, ce pourrait être le début d’une querelle… Mais quand on a l’habitude de partager les couchers de soleil, et ses moindres pensées, c’est un peu plus compliqué.  » Laisser le chapeau ici et oublier que nous l’avons trouvé  » ? Attendre que l’autre dorme  » complètement « ?

« On a trouvé un chapeau » est construit en trois parties – on aurait presque envie de dire en trois actes- de la découverte du chapeau par les deux amies jusqu’à la résolution du possible conflit.

En ton sépia et dégradés de gris, sans oublier une touche d’orangé pour le soleil couchant et un blanc cassé pour le chapeau, toutes les scènes se déroulent dans un désert de sable, de rochers et de cactus.

Dans la première partie, « La découverte du chapeau », elles vont rester proches, toujours sur la même page. Sauf dans un face à face où les deux tortues évaluent la possibilité de garder ce chapeau dans une savoureuse double page qui pose le problème : « Mais il n’y a qu’un chapeau », « et nous sommes deux ». Les tortues nous regardent, nous lecteurs, et nous prennent à témoin de cette situation terrible pour des amies. Puis le récit reprend son cours avec un texte très bref en gros caractères, sur la page de droite sous forme de question/réponse.

La double page s’impose à partir de l’abandon du chapeau.

La deuxième partie, « Le coucher du soleil », glorifie leur complicité de toujours et s’étale en double page face au coucher de soleil qui embrase l’horizon. Le texte, de plus en plus court, a migré en haut de page nous invitant au plaisir de la contemplation. Pourtant dans le dernier tableau un rebondissement est annoncé par le coup d’oeil discret de l’une des tortues vers le chapeau qui réapparait page de gauche grâce à un plan de plus en plus large.

Dans la troisième partie, « L’heure du rêve », la rupture semble prononcée au moment où l’une d’elle s’endort sur la page de droite et l’autre retourne voir le chapeau sur la page de gauche. Revient-elle sur une décision prise « ensemble « comme il en a toujours été ?

Les albums d’apparence les plus simples le sont-ils vraiment ?

Et si l’on s’attardait sur les carapaces, sur les regards de ces deux adorables tortues, sur leurs positions ? Se font-elles face ou se tournent-elles le dos ?

On a tout d’abord envie de rire d’elles, de ce qui semble banalité de propos puis un doute nous saisit : et si toi et moi nous trouvions un chapeau, un seul qui nous va aussi bien à l’un qu’à l’autre ?

Quant à la solution qu’elles ont trouvée pour sauver… ou non leur amitié, je vous laisse le soin de la découvrir par vous même.

 

Lors de la soirée de lecture, nous avons aussi partagé les albums suivants :

Cavale, de Stéphane Servant et Rébecca Dautremer, éditions Didier Jeunesse, 2017

Petit bonheur, de Carl Norac et Eric Battut, éditions Bibloquet, 2015

Le Nid de Jean, de Carl Norac et Christian Voltz, éditions L’école des loisirs, 2016

Chamailles, de Kathrin Schärer, éditions Ane Bate, 2009

Tout allait bien, de Franck Prévot, éditions Le Buveur d’encre, 2003

Le Loup de la 135e, de Rébecca Dautremer et Arthur Leboeuf, éditions Seuil Jeunesse, 2008

Grododo, de Michaël Escoffier, éditions Frimousse, 2016

Emile et le joint de culasse, de Vincent Cuvellier, éditions Gallimard Giboulées, 2018

 

Rencontre avec Gwen Le Gac, auteure, illustratrice le 28 novembre 2018

Les illustrations de Gwen Le Gac sont riches de matières : masques expressifs au pastel, portraits délicats en fil cousu, collages… Elle a écrit pour les tout-petits et collabore avec Christophe Honoré sur des albums à sujets forts.

Gwen Le Gac sera présente à Beaugency le mercredi 28 novembre pour animer des ateliers intitulés « Pauvre de moi » en lien avec son album « Un enfant de pauvres », publié en 2016 aux éditions Actes Sud Junior.  À l’aide de matériaux modestes, les participants réaliseront un collage à partir de « mots clefs », de symboles et images « ordinaires ». L’atelier propose ainsi de se glisser un temps dans la peau d’Enzo, personnage de l’album.

Pour préparer cette rencontre, les lecteurs de Val de Lire proposeront une séance de lectures et animations autour de l’univers de Gwen Le Gac le mercredi 21 novembre de 15h à 17h. 

L’atelier avec Gwen Le Gac se déroulera le mercredi 28 novembre de 14h à 16h. 

Maison Agora, 59 avenue de Vendôme, Beaugency

En famille, enfants à partir de 8 ans

Gratuit / Inscriptions auprès de Val de lire :

valdelire@orange.fr / 02 38 44 75 66

Les participants s’inscrivent aux deux rencontres.

En partenariat avec le CRILJ, dans le cadre d’une recherche sur la pauvreté dans la littérature jeunesse.

Coup de cœur pour Tout là-haut de Morgane de Cadier et Florian Pigé par Marie-Claire Degrave

Qu’y-a-t-il tout là-haut ? De drôles de bêtes rondes et colorées qui survolent la banquise ! Nez en l’air, les ours blancs les regardent et, curieux, voudraient les attraper.

Comment s’y prendre ? Chacun propose une solution : lancer des boules de neige, s’envoyer en l’air le plus loin possible, monter sur la plus haute montagne, rien n’y fait. Alors l’un d’eux propose de faire une pyramide sur le sommet de la montagne et hop… il attrape la bête en vol qui entraîne avec elle tous les autres ours avant de retomber sur le sol : de la bête ainsi capturée, – les enfants vont vite reconnaître une montgolfière – sort un homme, très fâché. Heureusement, il comprend vite que les ours sont simplement curieux et, comme ils veulent eux aussi voyager, il fait venir ses amis. Les montgolfières envahissent la page et ensemble, par couple homme/ours, partent découvrir le monde.

L’histoire est belle : chaque ours a son importance dans le groupe, le plus sage, le plus petit, le plus malin, le plus gros… mais c’est tellement plus efficace quand on unit ses forces ! Les illustrations sont amusantes et jouent sur les contrastes. L’univers de la banquise est rendu par des formes géométriques et verticales opposées aux rondeurs des montgolfières. D’un côté le blanc des ours, de la neige, des oiseaux et le gris des monts, de l’autre les couleurs chaudes et diverses des ballons. Le dessin est stylisé, les ours souvent de profil et cadrés en plan américain ont un petit air étonné et semblent malhabiles. Enfin tout concourt à entraîner le regard de l’enfant « tout là-haut ».

C’est un album optimiste qui rappelle que lire, c’est découvrir le monde…

Tout là-haut, écrit par Morgane de Cadier et illustré par Florian Pigé (invité du salon 2019), éditions HongFei Cultures, 2015

Val de Lire a fêté ses 10 ans !

Il était une fois l’histoire de Val de Lire…

Val de Lire est une association Loi 1901, qui s’est créée en 2008, à Beaugency. Elle a pour objet dans un premier temps l’organisation et la réalisation du salon du livre jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan.

Aussitôt la création de l’association, Nicole Verdun, présidente et les autres membres fondateurs souhaitent élargir les actions et assurer une présence régulière sur le territoire. Ainsi, commencent à se mettre en place dès 2009, tout au long de l’année, des séances de lecture à haute voix, plus particulièrement auprès des tout-petits. Val de Lire fait référence aux travaux d’A.C.C.E.S. (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations) de René Diatkine et Marie Bonnafé, considérant que la prévention de l’illettrisme passe par l’aide offerte aux parents dans leur fonction parentale en même temps qu’aux tout petits.

 

« Le bébé a besoin de lait, de caresses et d’histoires » Michel Defourny, chercheur, pédagogue.

Val de Lire organise également et initie des formations en lien avec la lecture et la littérature jeunesse pour lesquelles elle fait appel à différents intervenants professionnels. Elle est aussi sollicitée pour participer à des colloques ou formations, forte de son expérience et de ses connaissances.

 

En 2012, La CAF du Loiret attribue un agrément intitulé Espace de vie sociale à l’association Val de Lire. La CAF considère, qu’à travers ses diverses actions, Val de Lire touche toute la population en veillant à la mixité sociale, qu’elle est un lieu d’animation de la vie sociale et qu’elle permet aux habitants d’exprimer, de concevoir et réaliser des projets.

 

L’association Val de Lire, présidée actuellement par Catherine Mourrain, réunit deux salariées, une vingtaine de lecteur·rice·s qui viennent d’horizons professionnels différents. Elle est reconnue par différentes institutions qui la soutiennent régulièrement et a trouvé sa place dans un réseau d’associations et de professionnels œuvrant sur le territoire de la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire et au-delà.

 

Val de Lire est agréée Jeunesse Éducation Populaire depuis 2009, l’association est membre de L’Agence Quand Les livres relient, membre de la Fédération des fêtes et salons du livre pour la jeunesse et adhérente à la Ligue de l’Enseignement.

Des rencontres autour du livre et de la lecture toute l’année

« Dès le tout jeune âge, le besoin d’histoires racontées est essentiel pour que les enfants puissent franchir de façon satisfaisante les étapes de leur croissance. Sans les jeux avec l’imaginaire, le bébé ne saurait accéder ni au langage, ni à la vie de l’esprit ». Marie Bonnafé, psychiatre. 

Aujourd’hui, en 2018, ce sont en moyenne, six rencontres par semaine, autour de la lecture à haute voix, qui sont proposées. Les lieux d’intervention sont réguliers : salle d’attente de la PMI, relais assistante maternelle, parcs, accueil parents/enfants, halte-garderie, centre social… L’association souhaite rencontrer l’enfant dans et/ou hors de son contexte familial, toujours accompagné d’un adulte, et lui proposer une littérature de jeunesse de qualité. Les lecteurs se saisissent des lieux du quotidien, des lieux où le livre n’est pas ou peu présent, où il n’est pas nécessairement attendu, et où la lecture n’est pas régie par une obligation ou une utilité immédiate. Le salon de lecture itinérant Roulebarak est maintenant familier du paysage balgentien et de ses alentours. Il est facilitateur de liens et d’échanges.

L’association œuvre pour accompagner cette découverte de la littérature jeunesse par le biais de la lecture à haute voix.

L’objet culturel qu’est le livre permet de créer du lien et de susciter les échanges entre les habitants. Ainsi, enfants, adultes parlent, se rencontrent, apprennent, se reconnaissent, partagent une émotion commune. « Le cercle des lecteurs » s’élargit, des personnes d’âges différents, de milieux sociaux-professionnels divers, de cultures et de langues variées se rencontrent.

Lutter contre l’isolement, familiariser les personnes avec le livre et la littérature, susciter des envies, encourager la prise d’initiative, autant d’objectifs qui se renforcent ou se concrétisent à l’occasion du salon du livre.

L’événement de l’année 

Le salon du livre, coordonné par Val de Lire, est le point d’orgue de toutes ces rencontres. Il permet d’inscrire dans une unité de temps et de lieu, en les valorisant, de multiples projets menés sur le territoire.

Il suscite des activités de lectures, d’écritures, des rencontres artistiques dans les établissements scolaires, les bibliothèques, ainsi que dans les lieux non scolaires où sont accueillis les enfants et les adultes.

Il mobilise plus de cent bénévoles, une trentaine d’intervenants professionnels, une quarantaine de partenaires associatifs ou institutionnels. Il réunit auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires, comédiens, conteurs, familles, professionnel du livre, de l’éducation, de l’animation… autour d’un projet fédérateur.

Il est un rendez-vous incontournable et attendu pour la qualité de la littérature jeunesse proposée.

Le salon du livre de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan accueille un public très mixte et familial. À travers des ateliers, des espaces lectures, des jeux, enfants et adultes partagent l’émerveillement d’une découverte.

Les rencontres avec les auteurs/illustrateurs dans les classes et/ou sur le salon, permettent aux enfants et aux adolescents de se constituer une culture littéraire. Elles sont très souvent des moments forts dont les enfants se souviennent longtemps. Ces liens directs avec les artistes, renforcés par les rencontres régulières autour de la lecture à haute voix, permettent aux enfants d’entrer dans la littérature, d’élargir les frontières de « leur monde », développent de nouvelles compétences, de nouveaux plaisirs et déclenchent des envies d’écrire, de dessiner, de lire.

Les actions de Val de Lire, répétées et menées avec régularité sur le long terme, ouvrent des espaces émotionnels, intellectuels, propices au jeu, à la rêverie, à la poésie, aux partages, à l’expérience, utiles pour habiter ce monde, le comprendre, le transformer.

« Pour que l’espace soit habitable, pour que je puisse m’y inscrire, ce lieu doit raconter des histoires, avoir une épaisseur symbolique, légendaire, imaginaire. Habiter les lieux où nous vivons et construire notre demeure intérieure.

Cela sert à donner à ce qui nous entoure une coloration, une épaisseur symbolique, imaginaire, légendaire, poétique, une profondeur à partir de laquelle rêver, dériver, associer. » Michèle Petit, anthropologue.

Coup de cœur pour Blaise et le château d’Anne Hiversère de Claude Ponti, par Cyril Varquet

En fouillant dans mon grenier cet été, dans un carton, j’ai retrouvé cet album créé en 2004 et réédité en mars 2006. Je me souvenais que l’histoire était complexe. Ma curiosité m’a donc poussé à le relire. Je l’ai rapidement trouvé fascinant, génial et ce pour deux raisons.

Tout d’abord lorsque j’ai tenté de le lire à voix haute, c’était mission quasi-impossible. De jolis barbarismes très durs à prononcer comme « incroyabilicieux », « grobinets », … Pour le coup, Wikipédia avait raison : « Claude Ponti est reconnu pour son écriture subtile ». À chaque page, on découvre une succession d’univers très importants si on veut organiser le plus beau et le plus gros des gâteaux ! On a vraiment envie d’être cette Anne Hiversère pour le coup !

Deuxième point qui m’a plu : la précision des illustrations qui sont très fournies. Obligation de se poser, de prendre un temps pour scruter chaque détail dont certains se suivent d’une page à l’autre. Un poussin très farceur dans la montgolfière ! Si vous êtes joueur, vous pouvez jouer au jeu de la différence entre la septième et la quarante-quatrième page. J’ai mis du temps à la trouver…

Et cerise sur le gâteau : les pages 38-39. Rien de mieux que de fixer cette double-page et de repérer tous les super-héros et détectives célèbres qui ont forgé toute une enfance. Ils sont tous réunis dans le cadre d’une fête. Certains mangent du gâteau tandis que d’autres apportent des cadeaux. Un clin d’œil voulu par l’artiste qui, en exergue,  écrit : « Ce livre est un hommage à tous ces personnages et à leurs créateurs, qui ont inventé le monde des livres pour enfants et qui continuent, jour après jour, à nourrir de nouveaux livres.» Personnellement, j’en ai reconnu 51… Pas vous ?

Album que je vous invite donc à découvrir si vous ne le connaissez pas déjà !

 

Blaise et le château d’Anne Hiversère, Claude Ponti, éditions l’école des loisirs, 2004

Coup de cœur pour Suzanne aux oiseaux de Marie Tibi par Nicole Verdun

Première double page, présentation : « Comme toutes les semaines, une frêle silhouette traverse le jardin public. C’est une petite vieille dame vêtue d’un manteau noir, d’un châle tricoté et de bottines à boutons. C’est Suzanne. Il y a bien longtemps que Suzanne est seule. Son mari est mort à la guerre. Il était militaire. »

Si on regarde les illustrations, on voit que c’est la belle saison, tous les personnages portent des vêtements à manches courtes, sauf Suzanne. La page suivante nous offre un plan plus resserré, le même pratiquement que celui de la couverture. Suzanne place un mouchoir de dentelle sur le banc sur lequel elle s’assied, comme tous les jeudis, pour éviter de salir son manteau et sort de son sac de vieille dame des graines pour les oiseaux. Et puis elle parle aux oiseaux, leur raconte son mari, la ville blanche qu’ils habitaient dans cet autre pays chaud avec des dunes et des gâteaux au goût de miel. Et voilà qu’un jeudi, « un jeune homme mal rasé, mal fagoté » est allongé justement sur son banc à elle. Elle lui tape doucement sur l’épaule et lui demande une place sur le banc. En se réveillant le jeune homme nous fait partager sa vision de Suzanne : un doux visage penché vers lui, elle sent la lavande, elle a des rides aux coins des yeux et elle lui sourit.

Et c’est au jeune homme que Suzanne raconte sa vie ce jour là, et Nadim l’écoute, ne comprend pas tout, parle de son pays qu’il a fui à cause de la guerre, de son espérance d’avoir une bonne vie ici… Dans le parc, la vie tranquille se déroule, une dame enceinte lit sur une couverture à côté d’un enfant qui joue aux cubes, un garçon fait du jogging… Chaque jeudi, Nadim et Suzanne se retrouvent, elle lui apprend des mots nouveaux… On est en automne, les feuilles tourbillonnent. Un jeudi, Suzanne offre à Nadim une petite bague qui brille, le priant d’en faire bon usage. Ce sera leur dernière rencontre, Suzanne est ensuite partie pour toujours. Il reste à Nadim les mots de son amie et la bague. Dernière double page : le printemps est de retour, la dame enceinte porte maintenant son bébé contre sa poitrine, des canetons suivent leur mère sur le lac. Avec la bague, Nadim a pu acheter et installer une petite roulotte qu’il a nommé « Suzanne aux oiseaux ». Près de l’endroit cher à Suzanne, il vend des gâteaux au goût de miel aux visiteurs du parc.

Une histoire touchante : Marie Tibi raconte à demi-mot que la guerre a dérobé à chacun une partie de son existence, à l’une son mari, à l’autre son pays, les laissant abandonnés à leur solitude mais pas désespérés. Jamais, ni les conflits, ni les pays ne sont nommés, mais on pense à des pays du bassin méditerranéen. Ces deux personnages un peu dans l’errance se rencontrent, et Suzanne, en fin de vie, va permettre au jeune homme de construire la sienne grâce à la bague qu’elle lui offre. L’objet est hautement symbolique du lien tissé entre eux.

Le texte est précis, utilise des mots simples, il crée une atmosphère sereine. Le temps passe, les saisons se succèdent, d’une semaine à l’autre la vie se déroule, une vieille dame disparaît, un bébé naît…

Les illustrations de Célina Guiné cadrent le même endroit du parc, mais en plan large, plan serré, plongée, selon l’effet souhaité.

Une écriture sensible et une fraicheur dans les illustrations qui en font un album qui s’adresse aussi bien à des enfants qu’à des adultes.

Suzanne aux oiseaux, de Marie Tibi et Céline Guiné, éditions Le grand jardin, 2017