Mise en avant

Loupé !

Ces dernières semaines, le 36e Salon du Livre jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan, organisé par l’association Val de Lire, avait adapté son format en prenant le chemin des écoles et médiathèques.

Les nouvelles mesures gouvernementales annoncées par le Président de la République le 31 mars impliquent l’annulation de cette programmation.

À quelques jours près, c’est à nouveau une très grande déception pour toutes les personnes impliquées dans ce projet, enfants comme adultes.

L’association Val de lire remercie tous ses bénévoles, partenaires, élu·es, enseignant·es, élèves, bibliothécaires, libraires, invité·es… pour leur engagement, leur soutien et leur dynamisme au cours de ces derniers mois. 

A très bientôt pour de nouveaux projets !

L’équipe de Val de Lire

Emission « Des livres et moi »

« Des livres et moi ! » (disponible sur soundcloud en cliquant : ici)

Les élèves de la classe de 4ème E du collège Gaston Couté de Meung-sur-Loire, ont préparé une émission à destination des lecteurs du Salon du Livre de Beaugency – Saint-Laurent-Nouan, pour une évocation de l’oeuvre de l’auteure Jeanne Benameur.  Cette émission s’intitule : Des livres et moi !

Jeanne Benameur est une écrivaine française née en 1952 en Algérie, d’un père tunisien et d’une mère italienne.

Ce sont sept de ses livres, tantôt de littérature jeunesse tantôt de littérature ‘tout court’,qui ont été soumis à la lecture des élèves. Entre le roman et la poésie, le corpus choisi aborde des thèmes récurrents chez l’auteur : rapports avec le père, la mère, la fratrie, le rapport aux autres, et les liens fort à l’écriture, sont particulièrement présents. Et il faut aussi rappeler l’exil de l’auteure, qui a quitté son Algérie natale à l’âge de cinq ans, pour s’installer en France à La Rochelle. Elle revient ainsi à plusieurs reprises sur ce sentiment d’être « toujours entre » : entre deux pays, entre deux cultures.

Le lien de Jeanne Benameur à la famille, et la découverte du pouvoir de l’écriture, sont au cœur de son œuvre et offrent aux lecteurs des textes intenses, à découvrir absolument !

Voici ici l’émission, avec ses qualités et ses petites maladresses aussi, mise à votre disposition pour écoute.

Les professeurs :
Mesdames Blondeel, professeur de Lettres, et Amady, professeur documentaliste

Bibliographie (dans l’ordre de présentation de l’émission) :  
Le Ramadan de la parole – Actes Sud Junior, coll. « D’une Seule Voix » 2007
Valentine Remède – Éditions Thierry Magnier, coll. « Petite Poche » 2002
Pourquoi pas moi ? – Hachette Jeunesse, coll. « Roman » 2002
Comme on respire – Éditions Thierry Magnier 2011
Si même les arbres meurent – Éditions Thierry Magnier, coll. « Roman » 2000
La boutique jaune – Éditions Thierry Magnier, coll. « Roman » 2002
Samira des Quatre-Routes – Flammarion Jeunesse 2018

Source musicale :
site internet Au bout du Fil https://www.auboutdufil.com/
Titre: Kalon
Auteur: Extenz
Lien : https://www.auboutdufil.com/index.php?id=526
Licence: creativecommons.org/licenses/by/3.0/deed.fr

Jeu de piste Christian Voltz

Bien que le 36e Salon du livre jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan n’ait malheureusement pas vu le jour cette année, nous vous proposons un jeu de piste, pour petits et grands, à la découverte des rues de Beaugency et des œuvres de Christian Voltz.

Sur les pas de l’auteur, laissez-vous porter pour vivre un instant dans cet univers merveilleux que nous offre la littérature jeunesse, portés par les affiches parsemées dans la ville. Alors… à vos baskets, à vos yeux, à vos crayons et surtout : amusez-vous !

Merci à nos bénévoles Cyril et Sylvie pour cette amusante création.

Animations et rencontres 2021

Les ateliers et spectacles annulés en 2020 ont été reportés en 2021 et prendront place dans les écoles et les centres de loisirs la semaine du 5 avril.

Les événements ci-dessous sont accessibles au public sur inscription (nombre de places limité). Renseignements et inscriptions auprès des établissements mentionnés.

Ateliers en bibliothèque – samedi 10 avril

Avant le salon : mercredis 24 mars, 31 mars et 7 avril, atelier « graffiti en mousse végétale » avec Carole Guillot-Merle au centre social le Lab’O des possibles, à Beaugency.

Samedi 10 avril :

Médiathèque La Pléiade de Beaugency (en continu) : création d’un coloriage animé sur tablette

Médiathèque Philippe Barbeau à Saint-Laurent-Nouan :

10h-11h : atelier pop-up animé par Eric Singelin, auteur-illustrateur.

9h; 11h; 13h30 et 15h30 : atelier « La Fabrik », création de marionnettes d’après l’univers de Christian Voltz, par Effigie(s) Théâtre.

14h30-15h30 : jeu d’écriture et transformation d’un livre avec Andy Kraft.

Médiathèque La Monnaye de Meung-sur-Loire :

10h30 : atelier gommettes et motifs autour de l’album Hansel et Gretel avec Chloé du Colombier

Médiathèque d’Epieds-en-Beauce :

vendredi 9 avril, 16h-17h30 : jeu d’écriture et transformation d’un livre avec Andy Kraft

Samedi 10 avril, 10h-11h : atelier cartes à gratter avec Françoise Rogier

Jeux de société créés par Val de Lire

Bibliothèque de Baule :

Fresque en collages sur le thème des chemins et atelier pop-up : jours d’ouverture de la bibliothèque.

Dédicaces

A la librairie Le Chat qui dort, Beaugency :

Vente exceptionnelle des livres des invités samedi 3 et samedi 10 avril 2021.

Jeudi 1e avril de 17h30 à 18h45 : Malika Doray

Vendredi 9 avril de 16h45 à 17h45 : Maryvonne Rippert (lauréate du prix Jacques Asklund)

Samedi 10 avril de 10h à 12h et de 14h à 16h : Bernadette Gervais.

A la médiathèque Philippe Barbeau de Saint-Laurent-Nouan :

Samedi 10 avril, 14h-16h : Eric Singelin

A la médiathèque la Monnaye à Meung sur Loire :

samedi 10 avril, 9h30-12h30 : Chloé du Colombier

Bibliothèque d’Epieds-en-Beauce :

Jeudi 8 avril, 16h-17h30 et samedi 10 avril, 10h-12h30 : Françoise Rogier

Roulebarak : Lectures en extérieur des albums des invité·es

Sans inscription

Esplanade de l’Agora à Beaugency : mercredi 31 mars de 15h à 17h

Marché de Beaugency : samedi 3 avril de 9h30 à 11h30

Parc de la rue Croquemotte à Beaugency : samedi 10 avril de 15h à 17h

Retour sur la journée professionnelle 2021

Démonstration par Christian Voltz

L’association Val de Lire organise chaque année dans le cadre du salon du livre jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan une journée professionnelle, en partenariat avec le CRILJ (Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse). Malgré l’organisation bousculée de cette 36e édition, cette journée a pu se tenir le mercredi 17 mars au théâtre le Puits-Manu avec le soutien du service culturel de la ville de Beaugency, en public limité. Les conférences ont été diffusées en parallèle en visioconférence pour une soixantaine de personnes. Bibliothécaires, enseignant·es, salarié·es ou bénévoles associatifs… ont ainsi écouté et échangé avec quatre intervenant·es.

Caroline Lascaux, assistante d’édition chez MeMo, a présenté le catalogue de la maison, son souci de la qualité du fond et de la forme, la richesse de leur production contemporaine et patrimoniale.

Loïc Boyer, designer graphique, directeur de publications, a démontré l’influence de la culture pop américaine dans l’oeuvre du grand auteur-illustrateur Maurice Sendak, célèbre pour son album Max et les maximonstres.

Nathalie Prince, professeure de littérature comparée, s’est penchée sur la place de l’inquiétude environnementale dans les fictions pour la jeunesse. Revient-on à une littérature pour enfants moralisatrice ou ces fictions sont-elles nécessaires pour une génération plus consciente que l’ancienne ?

Enfin, Christian Voltz, auteur-illustrateur et invité d’honneur du 36e salon du livre, a sorti ses outils de travail après avoir déroulé le processus de création d’un album, pour faire une démonstration de création d’un personnage. Son univers est immédiatement reconnaissable, avec ses images réalisées en volume à partir de petits éléments récupérés, boulons, fils de fer… Il a donné quelques exemples d’ateliers avec des enfants, à l’intention des médiateurs·rices et enseignant·es.

Les participant·es ont pu consulter des sélections thématiques présentées par la Médiathèque Départementale du Loiret, acheter des livres mis à disposition par la librairie Chantelivre d’Orléans, et enfin découvrir une exposition d’affiches réalisées par Maurice Sendak, prêtées par André Delobel du CRILJ.

Les expositions 2021

“LA FABRIC” de Christian Voltz du 18 mars au 16 avril 2021-ANNULÉE-

L’exposition « La Fabric » de Christian Voltz initialement prévue à l’église St Étienne, dans le cadre du 36e Salon du Livre Jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan organisé par Val de Lire, ne peut être présentée au public en raison de la fermeture des lieux d’exposition.

Retrouvez l’univers créatif et joyeux de Christian Voltz dans la ville !

14 couvertures d’albums de l’auteur, illustrateur sont exposées dans les rues de Beaugency.

« Changer d’air » de Jeanne Macaigne,  à la médiathèque La Pléiade à Beaugency, du 27 mars au 17 avril.

« Les livres au salon »au Passage Pellieux à Beaugency, du 29 mars au 18 avril. Créations réalisées avec les habitant·es et Andy Kraft.

“ La biodiversité c’est la vie”, exposition mise à disposition par la Médiathèque Départementale du Loiret, à l’Agora à Beaugency, du 24 mars au 11 avril.

“De Midas au Songe d’Or. Étapes d’une création » Originaux de Dominique Ehrhard, à l’église de Baule du 17 avril au 7 mai.

“Paysages/papiers”, originaux d’Éric Singelin, à la médiathèque Philippe Barbeau à Saint-Laurent-Nouan, du 16 mars au 10 avril.

“La bonne place”, originaux de Françoise Rogier, à la médiathèque d’Épieds-en-Beauce, du 30 mars au 17 avril.

“Max, Max, Max et les autres”, affiches de Maurice Sendak, exposition créée par le CRILJ, à la médiathèque de Beauce-La-Romaine, du 17 mars au 14 avril.

“La P’tite nuit” de Chloé du Colombier, exposition conçue et prêtée par les éditions du Ricochet, à la médiathèque La Monnaye à Meung-sur-Loire, du 23 mars au 11 avril.

« Les livres en scène », concours de photographies par les assistantes maternelles de la Communauté de Communes des Terres du Val de Loire, initié par le RAM : à l’Agora de Beaugency, à la médiathèque d’Epieds-en-Beauce et à la micro-crèche de Baule.

D’après l’affiche réalisée par Jeanne Macaigne, les kakémonos, créations géantes par les enfants des écoles et centres de loisirs. A voir notamment en extérieur sur la structure de l’Agora, à Beaugency.

Caché ! de Corinne Dreyfuss par Josiane Martin

Caché, de Corinne Dreyfuss, éditions Thierry Magnier

Lors de la formation « Pourquoi perdre son temps à lire des histoires ? » animée par Livre Passerelle et les fous de bassan en décembre, j’ai découvert un album sans illustration : Caché ! Je me suis beaucoup questionnée sur la façon de le lire à un petit, de l’interpréter. Ce livre ne convient pas à une lecture face à un groupe, seulement à une lecture à deux, côte à côte.

Livre-jeu cartonné, il se présente en trois chapitres : Dedans, Dehors, Toc-toc-toc. Les pages sont numérotées et présentées comme un roman, avec en haut de page le rappel du titre à gauche et du chapitre à droite.

Bon, il faut « sauter la préface » écrite par un pédopsychiatre et se laisser guider par les mots, la ponctuation, la taille des écrits, la disposition des groupes de mots sur la page, les onomatopées, « les bruits ambiants » ou les silences pour arriver… à la surprise finale.

Reprise du jeu de Caché ! Coucou ! bien connu des petits (et des grands !) qui permet au tout-petit de s’approprier la notion de séparation et de retrouvailles.

Cet album, sans illustration, n’autorise pas une lecture improvisée. Le lecteur ou la lectrice doit réfléchir à la façon dont il va présenter ce livre à l’enfant qui se demandera « mais il est où le personnage de l’histoire ? » avant de le découvrir et d’avoir envie de refaire une partie de cache-cache, peut-être en jouant-mimant l’histoire ?

Le Salon du Livre en 2021

Dès le mois de septembre 2020, les membres de Val de Lire, conscients de la situation sanitaire, imaginaient et élaboraient au fil des mois avec leurs partenaires un salon du livre dont la programmation devait se répartir sur plusieurs communes.

Au début du mois de mars 2021, l’association Val de Lire est contrainte de prendre la décision de ne pas ouvrir au public,  les 10 et 11 avril 2021,  les portes de ce 36e Salon du livre jeunesse exceptionnel en raison du contexte de pandémie pour la sécurité sanitaire de tous·tes et de chacun·e.

L’équipe de de Val de Lire et ses partenaires s’adaptent et maintiennent de nombreuses actions sous une autre forme. Organisé autour du thème “Quels chemins pour demain?” le 36e Salon du Livre Jeunesse de Beaugency et Saint Laurent Nouan se déroulera le jeudi 8, vendredi 9 avril au sein des écoles et bibliothèques où des auteur·rices, illustrateur·rices seront accueilli·es pour des rencontres avec les enfants et adolescent·es. Les élèves auront ainsi le plaisir de partager un moment privilégié avec un artiste et de découvrir un univers littéraire particulier.

Des affiches  des albums de Christian Voltz, invité d’honneur, seront exposées dans les rues de Beaugency.

Les médiathèques de Beaugency, de Saint Laurent Nouan, de Meung sur Loire, d’Epieds en Beauce, de Beauce La Romaine et la commune de Baule, proposeront des expositions d’oeuvres originales d’auteur·rices invité·es en mars et avril 2021 et des ateliers de découverte des métiers du livre les 9 et 10 avril 2021.

Des moments de lectures partagées ponctueront les mois de mars et avril.

Les kakémonos, grands panneaux de papier ou de tissu, réalisés par des classes, seront rassemblés en une oeuvre collective à l’espace Agora.

L’Association Val de Lire tient à réorganiser ce Salon du livre jeunesse 2021 pour offrir au jeune public un accès privilégié à la culture autour d’expériences éphémères et rares qui réjouissent chacun et chacune dans le partage des trésors de la littérature jeunesse.

Deux coups de coeur par Sylvie Van Praët

Une lectrice partage deux coups de coeur, pour des albums découverts lors de la formation des 10 et 11 décembre 2020, sur les enjeux et la pratique de la lecture à voix haute, animée par Livre Passerelle et la compagnie les fous de bassan!.

C’est écrit là-haut, Claudine Desmarteau, Seuil jeunesse, 2000

C'est écrit là-haut par Desmarteau

L’album joue sur les couleurs primaires : rouge, jaune, bleu, en pleine page.

L’illustration y est autant texte que le texte lui-même. Un texte-illustration un peu différent, certes, parfois en pictogrammes très simples à décrypter, ou mêlant texte et dessin. Un dessin au trait noir, noir comme la vie de Jacques, « C’est le prénom que mon père et ma mère ont choisi pour moi », dont les ascendants sont peu enviables – père qui aime un peu trop la bière, grand-père qui aimait un peu trop le vin et arrière grand-père qui adorait le whisky – .

Mais sa mère a sur ces destins un regard bien indulgent et intrigant pour Jacques qui craint sans doute pour son propre avenir. Elle y répond toujours par cette remarque « C’est comme ça, c’est écrit là-haut ».

Alors si tout est écrit là-haut, marcher sur les crottes de chien, acheter des bonbons, se voir refuser l’argent pour les acheter, casser les lunettes d’Antoine étaient aussi écrit là-haut.

Mais apparemment la machine s’enraye, car si c’était écrit là-haut, pourquoi les gendarmes le giflent -ils pour des lunettes qui devaient finir cassées, pourquoi sa mère puis son père font de même. Jacques se dit que vraiment « le destin c’est nul »!

Par un dessin qui simule le dessin d’enfant Claire Desmarteau nous emmène dans un grave débat sur le destin et le déterminisme, gravité contrebalancée par l’humour des dessins.

Mais l’album se termine sur un trait optimiste : « […] c’est pas écrit que j’aimerai la bière » et en illustration une marelle où les pictogrammes de la bouteille d’alcool, de la crotte de chien et de la claque sont barrés.

Un album à lire, regarder et discuter.

Le Canard, la mort et la tulipe, Wolf Erlbruch, La Joie de lire, 2007

Le canard, la mort et la tulipe | La Joie de lire

Le canard, cou dressé, sent derrière lui, depuis quelques temps, une présence. Il s’aperçoit que c’est la Mort dans sa robe à carreaux et ses pantoufles de vieille dame. Dans son dos elle tient une tulipe noire. Or la tulipe noire est le plus souvent symbole d’un amour passionné qui peut mener à la mort. Chacun sur une page, ils se font face.

Le canard s’en inquiète et demande si l’heure de sa fin est venue. Mais la Mort le rassure en lui disant qu’elle ne vient qu’après un accident ou une maladie. D’ailleurs elle a l’air bien inoffensive la Mort, avec sa tenue de ménagère.

Puis le canard et la Mort se partagent la même page allant d’un côté puis de l’autre tout en discutant : des anges, de l’enfer, tous sujets dont la Mort ne semble pas savoir grand chose.

Alors le canard s’habitue à cette présence et propose à la Mort un bain dans l’étang. La Mort y prend froid et le canard la réchauffe, allongé sur elle.

Leur débat se poursuit en haut d’un arbre car décidément la Mort n’aime pas l’eau.

De là-haut, tous deux observent l’étang. Sera-t-il encore là, seul, après la mort du canard ? Ou tout simplement n’existera-t-il plus puisque le canard n’y sera plus comme le suggère la mort ?

Quand le canard est pris d’un frisson c’est sa fin qui s’annonce. C’est la première fois que le canard et la Mort se font face mains dans les mains.

La Mort le dépose sur le fleuve et le regarde partir après avoir déposé sur son plumage la tulipe noire qui avait disparu pendant leurs conversations. « Lorsqu’elle le perdit de vue, la mort fut presque chagrinée. Ainsi va la vie… »

Les deux personnages, dont les expressions se limitent aux regards pour le canard et aux mouvements du corps pour la Mort , se dressent sur des fonds de page blanche. Seuls des morceaux d’arbustes en bas ou en bord de page les resituent dans la réalité du canard.

Tout l’album est en tons pastels, très doux et l’humour de Wolf Erlbruch s’exprime dans les postures du canard, bien droit, clignant des yeux ou tournant la tête quand la mort impassible s’allonge, s’assoit, se promène mains dans le dos…

La toute dernière page, sans texte, montre la Mort entourée d’un lièvre et d’un renard qui lui tournent autour en gambadant. Vient-elle les chercher ?

Un album au sujet « sérieux » mais que l’humour, par la naïveté du canard et le personnage décalé de la Mort, rend lisible par tous.

A propos de la lecture de C’est écrit là-haut

Lors d’une lecture à voix haute cet album donne envie de partager la colère de Jacques, le jeune narrateur, ou d’appuyer le comique de répétition. Cependant il est vrai qu’une retenue et une neutralité servent mieux l’album. Retenir l’interprétation, notre interprétation de lecteur est souvent difficile. Pourtant si le texte permet parfois une « théâtralisation », l’illustration elle ne le permet pas et dans un album – celui-ci en particulier- ce qui se joue entre le texte et l’illustration c’est le sens, celui que le lecteur perçoit ou celui que l’auditeur reçoit. Or les deux, parfois, ne se rencontrent pas.

Imprimer un sens à l’album en jouant le texte, en accentuant ce que le lecteur ressent comme signification, c’est le risque de fermer d’autres lectures de l’album.

A propos de la lecture de Le Canard, la mort et la tulipe

Pour cet album le problème de l’interprétation du texte est peut-être inverse.

Tout d’abord l’illustration, même si elle très puissante, se lit beaucoup plus vite. Elle est précise et sans détail. L’auditeur n’a pas à s’y attarder pour l’appréhender dans son entier. De plus elle est énigmatique.

A partir de ce moment le lecteur va avoir un rôle plus complexe dans l’interprétation des deux voix qui s’affrontent : le canard et la mort. Le premier est naïf et la seconde presque détachée et lire cet album en gardant le même registre pour les deux personnages complique la compréhension sans compter les interventions du narrateur. La neutralité du ton risque ici de perdre l’auditeur.

Coup de cœur de Nicole Verdun : Je n’ai jamais dit…

Je n’ai jamais dit, de Didier Jean et Zad, ill. Régis Lejonc, éditions Utopique, 17€

Le dessin de couverture de Régis Lejonc représente une fillette, le doigt sur la bouche, le regard interpelant le lecteur. Même chose sur la dernière de couverture avec un portrait d’adolescent : on pourrait y voir une incitation à se taire.

Sur la double page de garde, une carte muette du monde où chaque pays se voit attribuer une couleur différente. Sur la page suivante, un petit groupe, peut-être une famille, dont chaque membre a le doigt sur la bouche.

Chaque double page est structurée de la même façon : d’un côté, la phrase qui commence par « je n’ai jamais dit à personne », puis suit la révélation qui peut être d’ordre social , familial, professionnel… En bas, le prénom, l’âge, et le pays d’origine de la personne « qui dit ». Sur la page d’en face, l’illustration de Régis Lejonc donne des clés au lecteur pour qu’il puisse imaginer l’histoire qui n’est pas écrite … Travail remarquable où l’image met le sujet en situation, ce qui apporte une foule de renseignements sur la personne.

« Ceux qui disent pour la première fois » peuvent être des enfants, des adultes de différents âges et de toutes nationalités : la plus jeune Madelyn, est une Canadienne de 6 ans qui avait bouché la serrure de l’école avec une allumette, le plus âgé Mademba, un Rwandais de 87 ans qui aurait aimé changer le monde pour qu’on y vive en paix… . Ces histoires s’adressent à tous, petits et grands, chaque lecteur interprétera la révélation selon ses connaissances et ses propres références . Par exemple :  » Je n’ai jamais dit à personne que pendant la guerre, j’ai sauvé la vie d’un soldat ennemi. » (Safiha . 37 ans. Kurde d’Irak). Ou encore :  » Je n’ai jamais dit à personne que j’ai le vertige. » (Oksana 25 ans. Ukrainienne) L’illustration montre une acrobate qui évolue le long d’une corde.

Mais alors pourquoi les actes, les sentiments, les peurs, les rêves sont-ils restés si longtemps cachés, pour certains ? La timidité, la crainte des représailles, la lâcheté, la honte, la bienséance auraient-elles empêché la parole ?

La dernière double page reprend la carte du monde, mais cette fois en indiquant le prénom de la personne dans le pays qui lui correspond.

L’album ne dit pas si ce sont les « vraies confidences » de vingt personnes à travers le globe, ou si elles sont imaginées par les auteurs …

Un grand et bel album où, pour chacune des personnes, quelques mots brillamment illustrés donnent matière à la création d’une histoire singulière dans l’imaginaire du lecteur. Et vous, qu’est-ce que vous n’avez jamais dit à personne ?