Coup de cœur de Nicole Verdun : Je n’ai jamais dit…

Je n’ai jamais dit, de Didier Jean et Zad, ill. Régis Lejonc, éditions Utopique, 17€

Le dessin de couverture de Régis Lejonc représente une fillette, le doigt sur la bouche, le regard interpelant le lecteur. Même chose sur la dernière de couverture avec un portrait d’adolescent : on pourrait y voir une incitation à se taire.

Sur la double page de garde, une carte muette du monde où chaque pays se voit attribuer une couleur différente. Sur la page suivante, un petit groupe, peut-être une famille, dont chaque membre a le doigt sur la bouche.

Chaque double page est structurée de la même façon : d’un côté, la phrase qui commence par « je n’ai jamais dit à personne », puis suit la révélation qui peut être d’ordre social , familial, professionnel… En bas, le prénom, l’âge, et le pays d’origine de la personne « qui dit ». Sur la page d’en face, l’illustration de Régis Lejonc donne des clés au lecteur pour qu’il puisse imaginer l’histoire qui n’est pas écrite … Travail remarquable où l’image met le sujet en situation, ce qui apporte une foule de renseignements sur la personne.

« Ceux qui disent pour la première fois » peuvent être des enfants, des adultes de différents âges et de toutes nationalités : la plus jeune Madelyn, est une Canadienne de 6 ans qui avait bouché la serrure de l’école avec une allumette, le plus âgé Mademba, un Rwandais de 87 ans qui aurait aimé changer le monde pour qu’on y vive en paix… . Ces histoires s’adressent à tous, petits et grands, chaque lecteur interprétera la révélation selon ses connaissances et ses propres références . Par exemple :  » Je n’ai jamais dit à personne que pendant la guerre, j’ai sauvé la vie d’un soldat ennemi. » (Safiha . 37 ans. Kurde d’Irak). Ou encore :  » Je n’ai jamais dit à personne que j’ai le vertige. » (Oksana 25 ans. Ukrainienne) L’illustration montre une acrobate qui évolue le long d’une corde.

Mais alors pourquoi les actes, les sentiments, les peurs, les rêves sont-ils restés si longtemps cachés, pour certains ? La timidité, la crainte des représailles, la lâcheté, la honte, la bienséance auraient-elles empêché la parole ?

La dernière double page reprend la carte du monde, mais cette fois en indiquant le prénom de la personne dans le pays qui lui correspond.

L’album ne dit pas si ce sont les « vraies confidences » de vingt personnes à travers le globe, ou si elles sont imaginées par les auteurs …

Un grand et bel album où, pour chacune des personnes, quelques mots brillamment illustrés donnent matière à la création d’une histoire singulière dans l’imaginaire du lecteur. Et vous, qu’est-ce que vous n’avez jamais dit à personne ?

Les livres du Prix Jacques Asklund 2021

Cinq romans sélectionnés

Les romans du Prix Jacques Asklund sont sélectionnés par des membres des bibliothèques du réseau de lecture publique de la CCTVL et de Val de Lire. Ils sont adressés aux enfants de CM2-6e-5e du territoire, qui désignent un-e lauréat-e à qui le prix est remis lors du salon du livre jeunesse.

Dans la semaine du 21 au 25 septembre 2020, les lectrices de Val de Lire et les bibliothécaires se rendent dans les classes inscrites pour proposer des lectures d’extraits des 5 romans sélectionnés. Ensuite, les élèves auront jusqu’au 10 mars 2021 pour les lire et choisir leur livre préféré.

Renseignements pour participer au Prix auprès de la médiathèque La Pléiade.

Critiques de Marie-Claire Degrave, Sylvie Van Praët et Nicole Verdun.

Jubeï : la voie de l’eau. Le forgeur d’âme. Sylvain Rumello, éditions à contresens

Auprès du maître Funaki, « le forgeur d’âmes », trois jeunes gens, une fille et deux garçons, vont apprendre la solidarité et la persévérance. Ils vont aussi apprendre à se connaître eux-mêmes et trouver la force mentale autant que physique d’atteindre le but qu’ils se sont fixé. Emiko , la jeune princesse, veut reconquérir le trône de son père qui a été empoisonné.

Buichi, fils d’un héros, veut devenir un valeureux guerrier comme son père.

Quant à Jubeï, fils d’artistes, il n’a qu’un talent « celui de s’attirer les pires ennuis » car il ne supporte pas l’injustice. Ses parents veulent le protéger et qu’il apprenne à se défendre.

Au cours du récit chacun devra découvrir l’élément qui lui ressemble : pour Emiko ce sera le vent, pour Buichi le feu et pour Jubeï l’eau.

Le grand maître Funaki leur impose une autre discipline : celle de la connaissance. Il leur faudra affronter les guerriers du seigneur Mikoto « qui fait trembler les peuples ».

Ce roman est une haletante initiation où chacun peut se reconnaître dans l’une ou l’autre des élèves du maître Funaki.

Ethan et Orion. Sylvie Allouche, éditions Syros.

Ethan, jeune orphelin, s’est enfui de l’orphelinat où il est maltraité. Dans sa fuite, il rencontre le magnifique cheval blanc Orion dont il comprend le langage.

Celui-ci lui raconte son histoire. Orion est lui-même en fuite car il est condamné pour avoir fait chuter un seigneur. Arrivés à une ferme ils vont retrouver Perle noire, la soeur de Orion, et Ethan fera la connaissance de Zéli et de son père Augustin. Tous devront défendre Orion des chasseurs qui le poursuivent encore.

De surprises en rebondissements « Ethan et Orion » nous emmène dans un univers poétique et fantastique.

La Dernière sorcière. Johan Héliot, Fleurus

Le roman s’ouvre sur le fracas des cavaliers du Lord de la nuit qui, à la lueur de la lune, viennent enlever Elmira, la mère d’Anya . La jeune fille doit fuir sous l’apparence d’un garçon.

Pour échapper à ses poursuivants elle se jette dans la rivière. Sauvée de la noyade par Errol, avec qui elle va sympathiser, elle trouve refuge et aide auprès de comédiens ambulants, Errol son sauveur, Jabot, le corbeau qui parle, Orsen le père d’Errol, et puis Isembard : un nain, fin cuisinier.

Est-ce bien prudent d’accepter l’offre du prince des ténèbres sollicitant une représentation dans sa demeure ? Mais n’est-ce pas là le moyen de gagner un peu d’argent pour remonter les finances de la troupe et approcher la mère d’Anya ? Tenter de la soustraire à une mort certaine ? Elmira est-elle vraiment la dernière sorcière ? Et qui est ce père dont Anya ignore tout ?

La tension dramatique tient le lecteur en haleine dès le début et tout le long du récit. Le lecteur entre peu à peu dans un univers fantastique où Anya se révèle, se confrontant à un monde de ténèbres et de domination funeste…

Peur dans la neige. Sandrine Beau, Mijade

Peur dans la neige est un roman policier.

Deux enfants, Fleur et son frère Julius, de faux jumeaux, passent leurs vacances chez leur grand mère surnommée Mamilia. Bien qu’elle soit en fauteuil roulant, Mamilia fait preuve d’un dynamisme hors du commun et parle comme dans les films de Michel Audiard.

Une nuit, tout va basculer à cause d’une petite lumière que Fleur aperçoit à la lisière de la forêt et d’une envie irrésistible d’aller aux toilettes.

Si Julius est très raisonnable, Fleur est beaucoup plus aventureuse. Elle ne peut résister à l’envie d’aller voir ce qui se passe à l’orée du bois. La maison est loin de tout. Pas question de trouver de l’aide chez les voisins. Cette lumière n’est pas un feu follet et quelqu’un la porte forcément. Fleur n’est-elle pas un peu trop curieuse ?

L’essentiel du roman va se dérouler en une nuit, terrifiante, pleine de rebondissements où les trois héros vont devoir faire preuve d’ingéniosité pour s’en sortir. S’ils s’en sortent … On ne peut en dire davantage sans gâcher le plaisir, plaisir du frisson, du suspens et même de la peur.

Mon cher correspondant. Maryvonne Rupert, Fleurus

Clara et Elio correspondent par e-mails. Rien d’étonnant à cela si ce n’est que la fillette vit en France et le garçon au Liban. A priori tout les oppose : sexe, pays, culture, milieu. Mais cet échange organisé entre leurs deux établissements scolaires va leur donner l’occasion de se connaître, de devenir amis ( et plus si affinités…) et d’ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure.


Clara aide Nour, la jeune Syrienne arrivée dans sa classe, à s’intégrer. Elio s’interroge sur le sort de sa « bonne », Amilia, une Philippine que jusqu’alors il ne voyait même pas. Bientôt ils auront un projet commun : retrouver la maman de Nour, réfugiée dans un camp près de Beyrouth.


Les chapitres alternent entre leurs e-mails mais aussi les lettres que Clara envoie à sa grand-mère et les extraits de son journal intime. Les informations sont ainsi livrées petit à petit, ce qui facilite la lecture car de nombreux thèmes sont abordés : la migration, la pauvreté en France, la vieillesse…
Un roman à la construction subtile qui célèbre l’amitié, la tolérance et la solidarité.

Coups de coeur d’été

En attendant une programmation de lectures et d’ateliers cet été, retrouvez les coups de coeur des lectrices et lecteurs qui évoquent les beaux jours, les vacances, la mer, le temps suspendu, les jeux…

Coup de coeur pour J’aime l’été de Minne, illustré par Natali Fortier, éditions Albin Michel Jeunesse, par Roselyne Chassine.

Natali Fortier et  Minne - J'aime L'été....

Ce livre compile une foule de petits riens qui nous parlent à tous.

Des petits riens d’été…

Chaque page s’ouvre avec un « j’ai aimé » écrit de plusieurs plumes, celle de Minne, la tienne, la mienne assurément… Suivent quelques lignes qui, dans un style simple viennent chatouiller nos sens. L’illustration aux couleurs douces, toute en finesse ajoute une petite touche nostalgique à chaque page.

Des préparatifs au trajet, des siestes sous la chaleur écrasante à la fraîcheur du crépuscule, des secrets échangés aux histoires inventées, par petites touches, l’été s’offre à nous.

La contemplation d’une araignée dans sa toile, du parcours des fourmis, des nuages ou du ciel étoilé ; la caresse du brin d’herbe, les pierres de la rivière, l’écume des confitures et la brûlure du soleil, les rêves, les jeux de l’enfance jusqu’au jour où les hirondelles-pinces à linge se posent sur les fils et annoncent la fin de l’été…

Un joli livre qui ouvre la boîte à souvenirs des étés de l’enfance.

Coup de coeur pour Belle maison d’Anaïs Brunet, éditions Sarbacane par Isabelle Gracia.

Une couverture aux couleurs vives, avec deux enfants à l’extérieur d’une maison.

Anaïs Brunet, autrice et illustratrice, nous conte une histoire d’amour éternel, de nostalgie, de fratrie, de génération,de maison refuge. La narratrice, somnolente, est réveillée par la sonnette de la porte d’entrée. C’est l’été !

Les enfants sont revenus !

Ils passent de pièce en pièce, grimpent dans les étages, reprennent des repères, réinstallent la maison, lisent, redécouvrent des jeux, et vont vite regagner la plage. Une journée se déroule sous l’œil de la narratrice.

Mais qui est la narratrice ? Leur grand-mère ?

Non, c’est la maison familiale  de vacances qui revit, vibre, a des sentiments humains,veille avec bienveillance sur les enfants.

Ce soir, chers petits, je vous protégerai contre l’orage et la tristesse… N’ayez crainte : je vivrai assez longtemps pour vous voir grandir. Vous me quitterez un jour… Vous saurez où me trouver. Je demeurerai pour toujours, votre belle maison.

Anaïs Brunet

Coup de coeur pour Bulle d’été de Florian Pigé, éditions HongFei, par Marie-Claire Degrave.

Vacances d’été : un jeune garçon prend son petit déjeuner au bord de la piscine, les pieds dans l’eau, il observe un oiseau qui s’approche.Une double page les montre tous deux de profil dans une communion parfaite de couleurs et de regards.

Et le récit commence. Le garçon passe seul les vacances : il observe les petites bêtes, dessine, regarde la télé, s’ennuie un peu sans doute. L’après-midi, revêtu de sa cape de héros, il soigne les chats du quartier, enfourche son vélo et part à l’aventure.  « Le temps est comme suspendu », dit l’auteur, place alors à l’imagination et au rêve.

Parfois il croise Lily mais sans oser l’aborder ! Il se contentera de rêver d’elle.

Les vacances s’achèvent, elles ont passé vite… la chambre est bien rangée, c’est déjà la rentrée.

Une bonne surprise l’attend dans sa nouvelle classe.

Tout est réussi dans cet album : le texte, jamais puéril, sonne juste et va à l’essentiel ; les illustrations jouent sur les différents codes  (la BD, le dessin d’animation ) et varient les angles de vue . Le choix des couleurs chaudes correspond tout à fait à la sensibilité du garçon proche de la nature et la mise en page donne un rythme particulier à l’histoire.

Un grand coup de cœur pour cet album plein de poésie : enfin une histoire où il ne se passe rien, de l’émotion pure.

Coup de coeur pour L’un d’entre eux de Géraldine Alibeu, La Joie de Lire, par Sylvie Van-Praët.

Voici un album où l’illustration et le texte jouent à cache cache avec le sens d’autant plus facilement que les pages des illustrations et celles du texte se tournent indépendamment l’une de l’autre.

L’un d’entre eux mais lequel ? Surtout que le narrateur s’en mêle en fin d’album:

Je suis l’un d’entre eux.

Quelquefois,

j’imagine que je suis un autre.

Les illustrations mettent en scène, de page en page, les mêmes personnages reconnaissables à un vêtement ou un accessoire. Ils sont à la plage, dans les dunes, à la terrasse d’un café en bord de mer. Mais aucun indice ne permet de savoir ce que raconte le texte : lequel a un grain de beauté à l’intérieur du nombril, est un ancien agent secret, a un goût amer de dentifrice dans la bouche ? De plus cet univers de vacances assez ordinaire bascule lorsqu’apparaissent trois chevaliers et une princesse à cheval. Rêve ? Histoire que le narrateur se raconte ? Tournage d’un film ? Pourtant cette apparition ne perturbe en rien les activités des vacanciers…Mais à bien y regarder que fait ce pélican dans les bras d’une petite fille, quelles sont ces feuilles avec un gros point jaune distribuées à chacun d’entre eux à la fin de l’album : une photo de la femme photographe ? Le texte correspondant à chacun ?

Entre quotidienneté et onirisme, entre illustrations et textes, l’album nous invite à un parcours en tous sens. Car ici le sens de la lecture – du début à la fin – n’a guère d’utilité. On se balade dans les pages illustrées et les pages écrites jusqu’à ce qu’il soit l’heure de rentrer.

Coup de coeur pour Après l’été de Lucie Félix, Les Grandes Personnes, par Sylvie Van-Praët.

Le dessin très graphique de l’autrice nous emmène à travers les saisons de la pomme au pommier, de l’oiseau au nid, de l’automne à l’hiver et enfin à la couvée du printemps. Les découpes de la page de droite révèlent, lorsque l’on tourne la page, des formes sur la page de gauche.

Une pomme à croquer, un ver dans la pomme, un rouge-gorge qui mange le ver, un nid construit pour le rouge gorge …l’enchaînement des éléments évoque la comptine. D’autant que les phrases qui ne disent que l’essentiel jouent parfois d’une rime en « é » et donnent au récit sa fluidité.

Les catastrophes provoquées par l’orage et la tempête sont réparées par ce simple jeu de découpe qui donne à l’album ce ton poétique et un peu fantastique.

Les illustrations sont traitées en couleurs vives et les courtes phrases en bas de page, pour la plupart, laissent aux illustrations le soin de révéler l’histoire.

Coup de coeur pour Jouets des champs, d’Anne Crausaz, éditions MeMo par Nicole Verdun.

Sur la couverture cartonnée, un pied de coquelicots et des herbes folles. Parmi les fleurs de coquelicot, l’une avec seulement un pétale, une autre dont la corolle retournée transforme la fleur en poupée, et toutes les autres en bouton. L’œil de l’observateur est au ras du sol. Le dessin d’Anne Crausaz est fait d’aplats de vert et rouge, quelques détails au trait noir fin. La page de garde propose un pied de bouton d’or et deux graminées.

Et puis arrive l’invitation de la maman à la promenade, Lucien ira avec seulement Petit ours. La double page du départ de la chasse aux trésors nous montre le petit garçon marchant au milieu d’une superbe végétation de prairie : ombelles, graminées variées, boutons d’or, coquelicot, l’œil est toujours au ras du sol…Puis, le point de vue s’élève. Depuis le haut du bras, un akène d’érable se transforme en hélicoptère dont l’hélice tourne. Dans cette jungle où s’ajoutent maintenant liseron et trèfle, Petit ours est perdu … puis retrouvé. L’observateur domine maintenant un espace où les pissenlits laissent envoler leurs graines comme des parachutes. Des corneilles se posent dans la prairie. Allongé dans l’herbe Lucien se repose, se laisse chatouiller par une coccinelle, regarde la lune en plein jour. Il apprend à faire des bateaux avec du bois et des feuilles, des poupées avec les fleurs de coquelicots, une couronne avec celles des pissenlits. À la fin de la journée, de retour à la maison, il admire sa récolte.

Toutes les illustrations sont en double page, le texte vient se poser dessus.

Anne Crausaz, avec cet album, propose une promenade d’été, bucolique et tendre, ponctuée de dialogues à minima. Elle invite, petits et grands, à prendre le temps de regarder, de rêver, de glaner, de construire des petites choses. Son dessin précis et léger restitue un monde végétal de bord de sentier ou de prairie. Si on regarde bien, on peut le voir bouger sous le léger souffle tiède du vent … 

Coup de coeur pour Pipi dans l’herbe, de Magali Bonniol, L’école des loisirs, par Nicole Verdun.

Que celles, petites ou grandes, qui n’ont jamais ressenti une envie pressante au cours d’une randonnée ou d’un après-midi dans la nature lèvent la main ! Une petite fille, au milieu d’un pré, se trouve saisie par cette envie. Ce sont ses paroles et ses réflexions qui sont transmises au lecteur par l’autrice par l’utilisation du « je » . Le défi à relever : choisir le bon endroit. Celui qui ne soit pas être ni envahi par les orties, ni habité par une grosse araignée… Le lieu idéal étant repéré, la petite fille peut se soulager en espérant que l’araignée ne l’a pas suivie. Oui, mais voilà, la belle rivière de pipi, sème la panique chez les fourmis, provoque l’inondation pour la coccinelle. La petite fille porte secours aux petites bêtes, mais trouve tout de même qu’elles font beaucoup d’histoires pour pas grand chose !

Les phrases courtes, qui reprennent les paroles de la fillette sont présentées sur la page de gauche et l’illustration sur la page de droite. Traits fins noirs pour le dessin, les surfaces sont colorées en couleurs unies. Le visage et les attitudes de la petite fille traduisent ses émotions ou réflexions. L’histoire commence de façon réaliste et se termine par un dialogue purement imaginaire avec la coccinelle.

Coup de coeur pour Le Voyage de l’âne d’Isabelle Grelet et Irène Bonacina, Didier Jeunesse, par Marie-Claire Degrave.

L’âne tourne en rond dans la ferme : toujours les mêmes animaux, les mêmes activités ! Quelle vie monotone ! Alors aux beaux jours, il répare un vieux combi et décide de partir ailleurs, vers le sud.

Mais les autres aussi, le coq, le cochon, le lapin, la chèvre ont envie de participer au voyage. Entre amis, on est solidaire : l’âne est facilement convaincu de l’utilité de chacun et un beau matin, en route !

Une vraie fête ! On traverse la France puis l’Espagne. Quand un animal trouve le lieu idéal à son épanouissement personnel, il s’arrête. Finalement l’âne arrive seul à Gibraltar. La mer, le soleil, l’horizon… que c’est beau !

Oui, mais il ne tarde pas à tourner en rond en quête d’un autre bonheur : l’amour.

Justement, une « ânesse aux belles tresses » répare un pédalo pour gagner l’Afrique. Elle accepte la compagnie de l’âne mais c’est elle qui tiendra le gouvernail, à gauche. Très belle conclusion !

Cette histoire est très agréable à lire avec les enfants. Les illustrations sont détaillées, amusantes, les personnages expressifs, et les doubles pages sur le parcours donnent envie de découvrir ces paysages. Le texte (des dialogues entre les animaux) suit toujours le même schéma donnant ainsi un rythme particulier que les enfants mémorisent. S’ajoute un vocabulaire d’une grande richesse.

Un album idéal après le confinement !

Coup de coeur pour Moon Brothers, par Sylvie Van Praët

Moon Brothers, Sarah Crossan, traduit par Clémentine Beauvais, Rageot, 2019.

Pour Joe, Ed c’était son « frère, mais c’était aussi un genre de père et de meilleur ami ».

Si Joe part pour le Texas c’est pour retrouver ce frère qui est parti il y a longtemps. Il n’était alors qu’un petit garçon dans une famille sans père et quasiment sans mère.

Maintenant Edward Moon attend son exécution à moins que la cour d’Etat, la cour suprême et en dernier recours le gouverneur n’en décident autrement.

Joe raconte ses journées, ses rencontres au parloir avec ce frère à qui il ne sait pas quoi dire..

Joe se souvient de lui, si prévenant, qui l’emmenait à l’école et lui racontait des blagues.

Joe ne peut croire à la culpabilité de son frère.

« Ils ont coffré Ed pour le meurtre d’un flic,

un crime bien moche,

mais tous les criminels ne finissent pas sur la chaise,

électrique. »

Dans la touffeur du Texas Joe bricole une voiture en gage de quoi on lui fournit une chambre et de quoi manger.

Entre les parloirs et les souvenirs Joe redécouvre ce frère comme un « mec bien » et l’attente n’en devient que plus oppressante.

Et puis il y a Nell, une fille délurée qui prend de plus en plus de place « Je pense à Nell, son short, son T-shirt lâche, pas à Ed et à son jogging ».

De chapitre en chapitre le temps s’écoule et le gouffre se creuse entre la résignation de Ed et l’espoir mêlé de colère de Joe.

Le récit est à la première personne et le narrateur nous livre sans voile, ses impressions, ses souvenirs, ses émotions, ses désirs et ses défaites. Cela donne à ce livre une forme très particulière de chapitres très courts, le plus court étant celui-ci :

 » Jour suivant

Pareil « 

et des chapitres plus développés dont l’un des plus longs est sans doute le récit par Ed du périple qui lui valut de se retrouver en prison.

« Moon Brothers » ressemble ainsi à un journal intime où les personnages de sa sœur, sa mère, sa tante sont dévoilés progressivement au fil des souvenirs et l’histoire de Joe se construit comme un puzzle où le lecteur est très actif.

C’est bien sûr un plaidoyer contre la peine de mort pratiquée encore aux Etats Unis.

Coup de coeur pour Inséparables, par Anouk Gouzerh :

A découvrir, de la même autrice : Inséparables (éditions Rageot, 2017), l’histoire de Grace, sa rentrée au lycée, son premier amour, sa relation avec sa soeur Tippi, sa famille… une histoire classique, sauf que Grace et Tippi sont des « soeurs siamoises », aux tempéraments bien différents.

Le livre est, comme Moon Brothers, écrit en vers libres, et évite avec talent le voyeurisme, le pittoresque ; il explore toute la complexité des relations entre les personnages, et nous émeut fortement lorsqu’il exprime le sentiment de risque avec lequel les deux soeurs vivent, de santé fragile alors qu’elles commencent à s’ouvrir au monde.

Ces romans nous ont été présentés par les bibliothécaires de la médiathèque La Pléiade de Beaugency dans le cadre du club Book Ados, pour découvrir la littérature jeunesse à partir de 13 ans (un vendredi soir par période, à la médiathèque).

Booktubes : Jeanne Benameur par les collégiens de Meung-sur-Loire.

Par et avec : la classe de 4e D du collège Gaston Couté de Meung-sur-Loire, avec Mme Bondeel, professeure de français, et Mme Amady, professeure documentaliste.

Les élèves ont participé au projet TOP’ADOS : ils ont lu six romans de Jeanne Benameur et ont réalisé et monté des booktubes, des vidéos pour partager leur avis et coups de coeur.

Retrouvez ci-dessous cinq booktubes qui auraient dû être présentés par les élèves lors du salon du livre.

Samira des Quatre-Routes

Présentation : Marine, Matthys, Tiago, Titouan.

Le Ramadan de la parole

Présentation : Alban – Hugo – Noah – Oscar

Valentine Remède

Présentation : Arnaud – Altin – Léo – Mathis – Silvino – Théo

Pourquoi pas moi
Ça t’apprendra à vivre

Coup de cœur pour Les mots sont des oiseaux par Audrey Gaillard

Les mots sont des oiseaux, Marie Sellier, Catherine Louis, éd. HongFei, 2020

Petit frère et Grand frère se dirigent vers la mer, ils traversent la forêt puis retrouvent Shu sur la plage.

C’est une immersion dans la nature que nous offrent l’autrice Marie Sellier et l’illustratrice Catherine Louis. Une nature vivante qui éveille tous les sens, une nature enveloppante et libératrice, à l’image d’une cabane qui serait à la fois refuge et ouverture sur le monde : « La forêt est une hutte, une cabane géante, une cathédrale de bois et de feuilles qui filtre la lumière et les bruits. »

Les illustrations en papier découpé, aux couleurs noires, grises et blanches apportent cette délicatesse, cette sensation de douceur, soulignées par un ou plusieurs détails en rouge. Les chaussures de Petit Frère, le chapeau de Shu, le bec de l’oiseau… ainsi mis en valeur en rouge révèlent l’intensité du moment présent et la joie certaine de Petit Frère.

Le monde qui l’entoure n’est que mouvement et courbe : les arbres, les buissons, les vagues, les oiseaux. Ils représentent l’infini, la continuité et accompagnent l’imaginaire de Petit Frère. Les images à fond perdu élargissent l’horizon. Le·la lecteur·rice est invité-e à avancer, à suivre les traces de pas dans le sable, à voler sur le dos de l’oiseau et ainsi à tourner la page avec engouement. L’écriture de Marie Sellier contribue à ce dynamisme, elle est comme le corps en mouvement : « Il fait l’étoile, il fait le soleil, il fait le croissant de lune ».

Nature et personnages interagissent. Petit Frère a les bras tendus comme les branches, il se tient en équilibre sur une main, les corps des trois personnages ondulent, s’enlacent et font écho au vent que l’on devine dans les buissons et à la mer remuante. Shu que l’on découvre sur la plage en même temps que Petit Frère et Grand Frère, ressemble à une danseuse. Face à elle, des ronds dans l’eau créés par les ricochets qu’elle fait. L’illustration semble s’animer. Les ombres (et par déduction la lumière) sont très présentes, mais aussi les empreintes, les traces du bâton dans le sable. Les nuances de gris et de noir soulignent ces marques éphémères avec intensité.

Chaque page détient une petite gravure disposée différemment sur la page. Le·la lecteur·rice comprend que ce détail se retrouve sur la page suivante, il lui permet d’anticiper et de savourer la surprise.

HongFei, 2020

Petit Frère, se sentant délaissé par Grand Frère et Shu, amoureux l’un de l’autre, commence à s’inventer des histoires, nourries par ce qu’il ressent et ce qui l’entoure. Les éléments deviennent poésie : « Vu d’en haut, la plage est une corne de gazelle, la forêt une armée de petits démons verts, et le toit de la maison, là-bas, un minuscule chapeau pointu ». Très subtilement, l’autrice fait entrer le·la lecteur-trice dans l’intériorité de Petit Frère. Il·elle partage ses rêves et ses sensations.

D’une immensité, d’une vue du ciel, l’illustratrice marque une rupture et donne à voir la simplicité, un détail. Trois plumes et le lecteur comprend que le personnage bascule dans le sommeil, les mots restent suspendus « Le ciel est si grand, si grand, et si blanc, si blanc, comme un lit infini… »

Texte et images dialoguent finement tout au long des pages. Ils rendent perceptibles le rapport au temps, la part imaginaire, le basculement dans le sommeil. Les émotions exprimées se font l’écho des expériences du lecteur ou de la lectrice.

Les deux dernières illustrations représentent les vagues comme un chemin à poursuivre, sereinement, intensément, seul ou à plusieurs, comme des lignes à remplir de mots. Notre propre histoire à inventer et à vivre…

Coup de coeur pour Sans foi ni loi, de Marion Brunet, par Sylvie Van-Praët

Lauréat du prix Pépites catégorie Fiction ados au salon du livre jeunesse de Montreuil.

Le far-west, les saloons, les chevaux et les shérifs, les poursuites et les duels. Il y a de tout cela dans le roman de Marion Brunet et bien plus. Dans l’Amérique des années 1920, la ségrégation et la haine contre les Indiens ou Métis divisent la société.

C’est Garett qui raconte ce long périple où il fut otage, puis complice et enfin ami de Abigaïl Stenson dite Ab.

Garett a seize ans quand Abigaïl Stenson l’enlève sur son cheval. Ab Stenson est habillée comme un homme et revendique cette liberté.

Face à face entre deux personnages que tout oppose : Garett est fils d’un pasteur rigoriste, Ab abandonnée à la fureur des hommes a choisi la violence même si elle « ne tue pas pour le plaisir. »

Ab se livre peu. Au fil des jours, pourtant, Garett n’est plus son prisonnier mais son compagnon de voyage. Il découvre la vie que son père lui interdisait à force de coups et de brimades. Il admire cette femme que rien ni personne n’arrête.

Il suit Ab jusqu’à sa ville d’attache où grandit sa fille aux côtés de son amie de toujours, Jenny.

De rencontres en étapes Garett se construit et découvre l’amour, l’amitié et surtout la liberté.

Chaque chapitre est un tableau plein de couleurs, d’odeurs ; les dialogues y sont ciselés. L’essentiel est dit ; les silences en pointillés laissent deviner des regards et des tensions.

Sans foi ni loi, Marion Brunet, éditions Pocket Jeunesse, 2019

Coup de coeur pour les albums d’Adrien Parlange par Anouk Gouzerh

 » Adrien Parlange à Moulins « , article paru sur le site du CRILJ (Centre de recherche et d’information sur la littérature pour la jeunesse) dans la catégorie  » Textes amis « .

Anouk Gouzerh, pour Val de Lire, a pu bénéficier d’une bourse du CRILJ pour assister aux journées professionnelles de la 5e biennale des illustrateurs de Moulins qui a eu lieu en septembre 2019. Une dizaine d’auteurs-illustrateurs sont invités à exposer dans divers lieux de la ville, et à échanger avec les visiteurs au milieu de leurs oeuvres.

Trouver sa place et transformer le livre, le personnage et le lecteur

Adrien Parlange est un jeune créateur d’albums et d’illustrations pour la presse, d’abord graphiste puis formé aux Arts décoratifs de Strasbourg et au Royal College of art de Londres.

    Dans le cadre des journées professionnelles de la Biennale de Moulins, les artistes invité-es sont intervenu-es en table ronde, à l’exception de Nikolaus Heidelbach. La logique de ces entretiens croisés ne reposait pas nécessairement sur les points communs qui pouvaient réunir les univers de ces artistes. Le dispositif a  été très riche dans le cas d’Adrien Parlange, accompagné pour l’entretien de la graphiste Fanette Mellier. Cette dernière apparaissait un peu à part dans la liste des illustrateurs-trices, même si elle a publié pour les plus jeunes chez MeMo et les éditions du Livre, en tant que graphiste spécialiste de la typographie, ou encore créatrice pour des institutions d’art contemporain.

    Les échanges sur l’objet-livre, sa matérialité, et la place du « regardeur » ont été nourris par les spécificités de ces deux créateurs de texte, d’images, voire d’installations pour Fanette Mellier. Par ailleurs, le dernier album d’Adrien Parlange venait à peine de sortir au moment de la Biennale, éclairant le reste de ses productions de manière stimulante.

    Les livres d’Adrien Parlange nous rappellent qu’un album jeunesse n’est pas réductible à l’impression d’un texte accompagné d’illustrations. L’album affirme chez lui une capacité à être un objet d’expérimentations des formes et du rapport à celui qui le lit et le regarde. Le jeu avec entre texte et image, avec la forme du livre, son champ et son hors-champ, conduit à une participation multiple de la part du lecteur.

    Dès son premier album, Parade, un imagier, les lettres des mots et l’image s’influencent mutuellement au gré de transformations (le mot « table » qui perd des lettres lorsque la table dessinée perd des pieds…).

    Dans certains albums, un objet s’ajoute au livre : le plus connu, Le Ruban, comporte un signet jaune accroché en bas du livre, comme un trait que le lecteur dessinerait lui-même pour compléter les scènes de cet imagier (la langue d’un serpent, le fil d’un funambule…). Dans L’enfant-chasseur et La jeune fille et la mer, une feuille d’acétate reproduit le profil de l’enfant, et l’aplat transparent de couleur, posé sur l’image, révèle un animal ou un objet, faisant avancer l’histoire et les rencontres initiatiques.

    D’apparence plus classique, La Chambre du lion, et son dernier album, Le Grand serpent, sont liés par la technique de la linogravure. Tous deux défient la lecture linéaire. Le premier représente un même décor, la fameuse chambre, et introduit une multitude de personnages, ainsi que des micro-actions non décrites par le texte, le regard du lecteur se déplaçant de manière autonome dans la page.

    Le grand serpent attire immédiatement le regard, avec en couverture ce motif ondulant et blanc du corps reptilien. Le livre exposé à la galerie des Bourbons se déroule comme un grand leporello, les pages liées par ce corps-ligne. Tout commence dans la chambre d’un petit garçon, qui soulève son oreiller et y découvre la queue de l’animal. Il suit cette ligne conductrice, à travers des paysages d’abord urbains puis de plus en plus sauvages et nocturnes, comme dans un rêve, jusqu’à la grotte du serpent. Le lecteur tourne les pages, dans un mouvement en avant, entraîné à la suite du personnage, jusqu’à une rupture lors du face-à-face final. Cette rupture est typographique. Le serpent, la tête bloquée dans sa grotte, ne voit rien du monde, qui pourtant le touche et qu’il sent physiquement. Jusque là, son corps a été au centre des pages, un long trait épais et blanc, comme un espace vide à remplir symboliquement. Le garçon lui décrit sa place dans les scènes qu’il vient de traverser, en une double-page calligraphique, où seul le texte est présent, mais en une ondulation mimant le corps du serpent, qui n’est plus une ligne vide. Le garçon lui raconte sa place au milieu des humains, des animaux et de la nature, remarquable et pourtant non « perturbatrice » pour les personnages et les éléments. Au contraire, l’animal se découvre comme figure protectrice (qui « réunit », « abrite », « recueille » nous dit le texte…). Le lecteur se retrouve à la place du serpent, et la description de l’enfant le pousse à retourner en arrière et à s’arrêter sur chaque page, en raccordant le texte et l’image : on n’avait pas remarqué ce petit œuf posé sur la queue du serpent, tombé du nid, ou cette souris cachée des chouettes. Des histoires particulières se tissent rétrospectivement, mises en mots.  Dernière énigme typographique, les double-pages de couverture tracées d’un motif de croix. Ce signe très simple et plutôt froid trouve un très beau sens (figuratif et sensuel) à la fin de l’album : c’est en effet le geste que fera le petit garçon sur la peau du serpent, une fois reparti dans le monde, comme signe de reconnaissance entre eux. Le livre commence par un pincement et un cri, et finit par un poème et une caresse.

Linogravures pour Le Grand Serpent

Au-delà de la page, c’est le tout le hors-champ qui est pris en compte par Adrien Parlange, et offert au lecteur, exploré par son geste ou par son imagination. Dans Le Grand serpent, c’est en partie le sujet du récit, avec ce corps qui n’en finit pas, et le regard aveugle du serpent complété par le texte et le geste du lecteur qui retourne en arrière. Dans La Chambre du lion, la page de gauche où se trouve le texte suggère également la place du lion par la description de bruits de pas inquiétants qui se rapprochent, tandis que l’image à droite montre les personnages et animaux se cachant. L’apparition du lion sur cette page de gauche en devient un événement, mais contrebalancé par le fait qu’il se révèle aussi craintif que les autres personnages, chacun se cachant des autres, aveugle comme le serpent du dernier album, et imaginant ce qu’il se passe hors de sa cachette.

    Cette admiration pour les formes du livre va de pair avec la force des récits proposés, même dans l’imagier Le Ruban, qui crée une montée en puissance jusqu’à l’évocation du voyage. Ces albums nous entraînent dans des récits initiatiques, où les personnages cherchent leur place, que ce soit à travers le motif de la chambre ou celui plus large de paysages traversés dans Le grand serpent, avec cette simple ligne qui interagit avec les scènes représentées.

    Ces récits ne sont rendus que plus forts et mystérieux par les expérimentations de la forme, aussi surprenantes.

    On en revient au regard croisé avec Fanette Mellier, qui affirme la capacité du livre à être un espace de transformation. Transformation, chez Adrien Parlange, graphique, plastique, et initiatique.

Bibliographie des livres mentionnés : 

. Chez Albin Michel jeunesse :

. Le Grand serpent, 2019

. La Jeune fille et la mer, 2017

. Le Ruban, 2016

. L’Enfant chasseur, 2015

.  La Chambre du lion, 2014

Chez Thierry Magnier :

. Parade, 2009, collection Tête de lard

Zoom sur deux albums de Frédéric Maupomé et Stéphane Sénégas par Marie-Claire Degrave

LA LIGNE, un trait tracé par un petit garçon traverse horizontalement la double page. À la sobriété du dessin (une cour, un banc un arbre, un jeu) s’oppose à la page suivante une vue plongeante sur l’immeuble avec une ombre portée noire menaçante.

Que s’est-il passé ?

Les auteurs l’expliquent avec d’abord une phrase en gros caractères, un peu abstraite, qui emplit la page blanchâtre, illustrée ensuite par un dessin évocateur.

Deux enfants sont dans une cour : le garçon paisible aime lire dans le calme, la fille active et virevoltante préfère jouer au cerf-volant. Deux désirs opposés, deux mondes.

Alors la ligne est tracée. Avec elle, l’intolérance et la haine. Chacun chez soi, chacun pour soi avec cris et menaces. Le noir monstrueux emplit la page jusqu’à acculer la fillette dans le coin poubelle.
Reste l’espoir que les enfants se ressaisissent… et se réconcilient. 


Dans la cour de l’école, ON L’A À PEINE REMARQUÉ le trait qui coupait la marelle en deux. Les enfants-oiseaux ne sont pas inquiétés non plus quand des briques se sont entassées sur la ligne. On pouvait jouer encore, on s’en accommodait. Mais le mur a continué de monter jusqu’à rendre impossible toute communication de part et d’autre.

Chacun chez soi.

Et puis de petits traits verticaux sont apparus tracés à hauteur d’enfants. Des lézardes. Le mur s’écroule, la cour reprend son espace habituel.

J’aime ce deuxième album aux teintes douces, rosées, plus optimiste. Il invite à rester vigilant, à ne pas accepter la plus petite atteinte à la liberté et, si malgré tout, on a laissé un mur s’élever, à le faire tomber.

Ces deux albums offrent une prise de conscience intéressante à travers un dessin sobre et des mots percutants.
A lire de 7 à 107 ans…

Aux éditions Frimousse :

La ligne, parution

On l’a à peine remarqué, parution Mai 2019

Coup de cœur pour  » Le fils de Picasso  » par Antonin Picard

 » L’art est un mensonge qui nous permet de dévoiler la vérité.  »                                                                           – Pablo Picasso

Lorsque nous avons reçu ce roman et que j’ai vu qu’il s’agissait d’un livre écrit par Marie Sellier, dont je n’avais lu que des albums jeunesses jusque-là, j’étais intrigué. J’ai été assez surpris au début. Passer d’albums pour les plus jeunes comme  » Mes 10 premiers tableaux  » ou  » Mon monstre « ,  à un roman réaliste et sérieux comme  » Le Fils de Picasso  » m’a interpelé.

L’histoire commence en 1955, aux États-Unis, où un jeune homme nommé Pablo apprend de sa grand-mère qu’il serait le fils illégitime de Pablo Picasso. Le jeune homme et sa grand-mère se rendent dans le sud de la France afin d’en apprendre un peu plus sur son passé et sur celui qui est supposé être son père. Je ne peux pas en dévoiler plus sur l’intrigue car ça risquerait de vous révéler des éléments de l’histoire qu’il vaut mieux découvrir par soi-même.

À partir de 11 ans, le livre est un bon moyen de donner envie à des collégiens de les intéresser à l’histoire du célèbre peintre tout en laissant planer le mystère autour du personnage principal : est-il réellement le fils de Pablo Picasso ? Le ton est léger alors que la quête est existentielle pour ce garçon. L’autrice nous offre des respirations à travers la complicité entre la grand-mère et l’enfant, les personnages atypiques, les liens entre Pablo le garçon et Sylviane.

Le livre n’a clairement pas pour but d’être une biographie sur Pablo Picasso, même si on est immergé dans son univers et de son oeuvre. Le lecteur est transporté par la fiction.

J’avais prévu de le feuilleter seulement et je me suis très vite retrouvé à ne plus vouloir lâcher le livre. On s’attache très facilement aux différents protagonistes et certaines scènes nous prennent facilement au cœur comme si on était directement impliqué dans l’histoire et qu’on faisait partie d’eux.

Marie Sellier nous offre une histoire bouleversante, son écriture est au service des personnages, de leurs émotions. Quant à savoir si les faits de ce roman sont réels ou fictifs, l’autrice y répond à la fin du roman. « Tout au long de l’ouvrage, la fiction joue à cache-cache avec la réalité.  » Bonne lecture.

Antonin Picard, volontaire en service civique à Val de Lire depuis le 1er septembre.

Le fils de Picasso, Marie Sellier, édition Nathan, 2012.