Coup de cœur pour IMAGINE d’Aaron Becker, par Térésa Monclus

Une grande maison, une fillette, des adultes occupés… Que faire lorsque l’on se sent esseulée ?

Avec un crayon rouge, trouvé sur le sol de sa chambre, la petite fille trace sur le mur une porte rouge qui s’ouvre sur un monde imaginaire. Commence alors, pour elle et pour nous, un voyage sans parole dans un royaume fantastique. Au fil du voyage le crayon trace en rouge les objets magiques qui ouvrent les portes du monde imaginaire, fil rouge de l’aventure. Mais d’où vient cet oiseau-lyre mauve qu’elle vient de libérer et qui la libère à son tour ? Où la conduit-il ? Et si elle n’était pas seule à tracer des mondes parallèles ?

Une merveille de poésie à regarder seul, à deux, en silence, en mots, ceux de l’enfant, de l’adulte.

Cette aventure poétique, à l’encre, plume et aquarelle, a reçu le prix du meilleur album illustré du New York Times Book Review et l’on ne peut que s’en réjouir.

A lire à tout âge, à partir de 3 ans.

IMAGINE d’Aaron Becker

éditions Gautier-Languereau, 2016

Coup de cœur pour La leçon de Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo par Nicole Verdun

Ces deux là, Michaël Escoffier, Kris Di Giacomo, nous font bien rire depuis 2008 avec deux titres particulièrement plaisants : À poils édité par Kaléidoscope, Ni vu ni connu chez Frimousse.

À poils raconte la chaleur d’un été dans la savane où le lion dépose sa fourrure le temps d’une sieste… Un zèbre qui passe par là pose sa peau et emprunte celle du lion et ainsi de suite jusqu’à ce que le babouin déguisé en hyène pense surprendre l’antilope … Oui, mais… sous la peau de l’antilope, se dissimule un crocodile qui ne fait qu’une bouchée de la hyène-babouin ! On y verrait une morale ? Celle de l’arroseur arrosé ou de Tel est pris qui croyait prendre ? Peut-être, elle n’est pas énoncée.

Dans Ni vu, ni connu, un caméléon nommé Léon découvre la petite voix de sa conscience qui lui reproche d’avoir utilisé, pour s’essuyer les fesses, ce qui ressemble à une culotte oubliée sur une branche d’arbre … Il s’agit en réalité du masque de Super-lapin !

Deux histoires drôles qui incitent néanmoins à engager la réflexion !

La leçon, cette fois, annonce l’intention, la collection s’intitule « La question (l’Album philo) » et la quatrième de couverture porte ces trois lignes : « Au fil des mots, la Question apparaît, la discussion peut commencer ».

La leçon est un album cartonné, de belle facture, au dos toilé. Sur la couverture, une bête noire aux crocs pointus entoure une maison orange devant laquelle se tiennent deux poules. L’ensemble est assez sombre, éclairé toutefois par le titre à la peinture blanche LA LEÇON.

Voyons le propos. Il s’exprime toujours sur une double page entièrement illustrée. Le texte, sobre, fait alterner narration, réflexion et brefs dialogues. Première double page : dans les tons pastels beige brumeux, l’ombre imprécise d’un homme armé se projette sur le sol d’une clairière, au fond, une maison entourée d’arbres. Et ce texte : « Une maison au milieu des bois, dans la brume matinale, une ombre s’étire ». Sur la double page suivante, la brume s’est dissipée, toujours les arbres, la maison, quatre poules, le tout entouré d’une clôture. L’homme est à l’extérieur, c’est une haute silhouette noire (dont la tête est hors cadre), qui avance à grandes enjambées, le fusil à la main. Le texte dit : « L’homme est en colère. Cette nuit, la bête a encore mangé trois de ses poules. – Je vais lui donner une bonne leçon pense l’homme qui se met en chasse ». On sent la tension monter. L’homme poursuit son chemin, interroge quelques animaux sur la présence de la bête, ils n’ont rien vu ou comme la corneille « s’envole sans mot dire. Elle en sait trop. ». L’homme change de stratégie, rentre chez lui et pose des pièges autour de sa maison. « Mais la bête connaît la forêt comme sa poche. Elle vivait là bien avant que l’homme s’y installe. » La faim revenant, on imagine qu’elle va chercher à se nourrir, l’homme veille, entend du bruit, se précipite, tire un coup de feu et hurle de douleur. Un piège s’est refermé sur sa cheville… Et son fusil est hors de portée. Il ne peut pas se libérer, et « La bête est là, à l’observer, qui n’aurait qu’à bondir pour l’achever. » Elle dépose le fusil auprès de l’homme et s’éloigne. Sur cette double page, la silhouette noire de la bête tient le fusil dans sa gueule sur un fond couleur d’argile rouge. Des questions se formulent entre l’homme et la bête. Il ne reste qu’une cartouche dans le fusil, l’homme peut donc tuer la bête mais il mourra prisonnier du piège. La bête peut tuer l’homme mais que deviendra-t-elle l’hiver sans les poules ? Au dessus du profil noir, en gros plan, de la bête on lit « L’homme comprend alors qu’il n’a pas le choix. Dans un dernier sursaut de lucidité il presse la détente » Et puis un énorme PAN ! à la peinture blanche, comme la typographie du titre sur la couverture, s’étale sur la double page suivante. L’observation de la dernière illustration permet de formuler des hypothèses sur la décision prise par l’homme… Quelle a été la Leçon enseignée à l’homme ?

Il me semble que le propos est fort, qu’il pose une question universelle : négocier pour vivre ensemble, homme et animal ou affirmer sa suprématie et finalement se détruire ? Il y a une économie dans les mots, toutefois l’essentiel qui permet de poser les questions qui font réfléchir est évoqué en termes simples, précis. Les illustrations soutiennent magnifiquement le récit, impulsant l’atmosphère des divers lieux, et des différentes rencontres. Un album qui ouvre la discussion.

 

LA LEÇON,

Michaël Escoffier, auteur

Kris Di Giacomo, illustratrice

Édition Frimousse : collection La question

19,50 €

Coup de cœur pour Grand chat, petit chat d’Elisha Cooper par Anouk Gouzerh

 

La lecture de Grand chat, petit chat donne la sensation d’entrer dans un film du cinéaste japonais Ozu, un univers du quotidien, une observation du passage du temps mélancolique et sobre. Des questions denses abordées par des traits d’encre et un décor épurés qui rappellent de même l’esthétique japonaise, une poésie simple mais riche et émouvante.

L’histoire commence comme un conte : « il était une fois » un grand chat blanc qui voit sa vie changée par l’arrivée d’un petit chat noir. Le chat blanc élève le petit chat qui grandit tandis que son compagnon vieillit. Un jour, grand chat meurt, et le chat noir se retrouve seul. Mais bientôt, un petit chat blanc fait son entrée…

Seule la mort est accompagnée d’un terme émotionnel : « et ce fut très dur »… mais la sensibilité de ce récit et des questions abordées (transmission, affection, perte…) s’exprime à travers la répétition et les changements dans le quotidien. Des variations éloquentes marquent le temps qui passe : les photos qui s’ajoutent sur le frigo, les tailles des chats, le noir et le blanc qui s’inversent. D’autres signifient le retour familier, la vie qui suit son cours quotidien : les postures qui ne changent que légèrement, un même plaid sur le canapé… peut-être aussi un cycle, avec l’arrivée d’un petit chat blanc après la disparition du grand.

Le travail du rythme est essentiel dans cet album : les doubles pages se font écho, de part et d’autre de l’événement central, la mort du premier chat blanc, sur une page qui se distingue par un fond en lavis gris. La solitude puis la rencontre, les actions quotidiennes sont reprises avec les deux couples de chats. Le récit est magnifiquement ponctué en trois points par une illustration sur double page des deux chats enlacés dans leur sommeil, sur un fond de lavis jaune tendre. Un petit chat noir et un grand chat blanc, un chat blanc et un chat noir adultes, un grand chat noir et un petit chat blanc… une progression du temps, délicatement figurée.

Grand chat, petit chat d’Elisha Cooper, éditions Le Genévrier, 2017

Coup de cœur pour Émile invite une copine, de Vincent Cuvellier et Ronan Badel par Catherine Mourrain

 

La collection des « Emile » séduit par son style dépouillé et ses aventures insolites qui surgissent dans le quotidien d’une famille ordinaire. Le lecteur découvre l’histoire à hauteur d’enfant. Il suit les conversations entre Émile, petit garçon malicieux, et ses parents, souvent sa mère ; mais aussi il peut lire ce qui se passe dans la tête d’Emile qui ne se laisse pas imposer les endives au jambon et qui s’invente de nouvelles aventures chaque jour. Les phrases sont courtes, les mots simples et les répliques émaillées de répétitions et d’interjections. Ces albums s’adressent aux enfants déjà lecteurs et amusent beaucoup les adultes qui apprécient surtout la dernière page !!

Les lecteurs de Val de Lire, bibliothérapeutes qui s’ignorent ?

Les livres prennent soin de nous, pour une bibliothérapie créative, Régine DETAMBEL, Actes Sud, 2015 (Babel Essais).

L’auteur nous présente ici un essai riche de réflexions et de mises en perspective sur le pouvoir de la lecture. Fondée sur de nombreuses recherches universitaires (notamment celles de Michèle Petit) qui ont vu le jour depuis une quinzaine d’années autour de la question du pouvoir des livres, la problématique de Régine Detambel est double : transmettre ses réflexions, tout en offrant, de par sa formation de romancière et de soignante en milieu hospitalier, « une anthologie des meilleures approches thérapeutiques de la littérature ».

Qu’est-ce que la bibliothérapie ? L’idée de départ est simple : il s’agit bien de soigner des êtres en souffrance par les livres, dans le double mouvement qu’autorise l’acte de lire, à la fois en permettant de mettre des mots sur les douleurs, les sentiments et les émotions, mais aussi dans le temps suspendu qu’offre le moment de la lecture. Les premières expériences cliniques ont eu lieu vers 1916, en Alabama, pour tenter de soulager les militaires rentrés du front au moment de la Première Guerre mondiale.

Depuis, les pratiques anglo-saxonnes se sont orientées vers un biblio-coaching médical, où les prescriptions s’orientent non plus vers les ouvrages de fiction, mais vers des livres de psychologie grand public autour du mieux-être, ou bien les textes inspirés des thérapies comportementales proposant des méthodes précises pour maîtriser ses angoisses, lutter contre les idées noires, etc.

Or, ainsi que le souligne Régine Detambel, « parfois la question du sens est secondaire. Tout le plaisir est là. Et le vertige ». Le livre de psychologie, s’il peut toucher frontalement, ne permet pas  la mise en place d’une activité psychique comparable à celle entraînée par la lecture d’une fiction qui autorise à réélaborer sa propre histoire.

Pour autant, il ne s’agit pas de faire un travail de documentaliste et de constituer des bibliographies thématiques… car l’intérêt n’est pas celui d’une simple prescription. « Le geste de bibliothérapie, le lien qu’il instaure sont évidemment plus profonds, plus subtils, et engagent une véritable relation de personne à personne, de lecteur à lecteur ». C’est dans la relation à l’autre, dans l’écoute et l’échange que vient se nicher le livre : « le travail discret du bibliothérapeute est simplement de pousser son lecteur à devenir le propre lecteur de soi-même ». Régine Detambel insiste ainsi sur la nécessité de se défier du pouvoir médical, souvent trop prompt à proposer des solutions hâtives et stéréotypées, mais aussi de la littérature en vogue sur le bien-être. Il est bon de rappeler à quel point le livre a le pouvoir d’arracher le lecteur à lui-même et de lui offrir la possibilité de se reconstruire, de s’échapper, de retrouver une envie, etc.

Élisabeth Roux

Coup de coeur pour Les deux grenouilles à grande bouche par François Baudouin

J’ai récemment découvert l’album intitulé : « LES DEUX GRENOUILLES A GRANDE BOUCHE » de PIERRE DELYE (texte) et CECILE HUDRISIER (illustrations) aux éditions DIDIER JEUNESSE.

L’intérêt de cet album réside dans le fait que, dès la première page, les auteurs font référence à un autre album « LA GRENOUILLE QUI AVAIT UNE GRANDE BOUCHE » de KEITH FAULKNER et JONATHAN LAMBERT aux éditions CASTERMAN.

Et puis en cherchant un peu, je me suis aperçu qu’il existait encore une troisième version : « GRANDE BOUCHE » d’ANTONIN LOUCHARD aux éditions SEUIL JEUNESSE.

Cela m’a permis de visiter aussi ces deux autres histoires et de les déguster à pleine bouche en faisant des liens.

Alors, de quoi s’agit-il ?

Les auteurs ne se contentent donc plus d’une seule grenouille, mais ils passent à la vitesse supérieure en racontant l’histoire de deux grenouilles à grande bouche au moment où la terre est recouverte entièrement par les eaux : le déluge !

La pluie tombe sans arrêt depuis plusieurs semaines, « la baignoire des nuages déborde… », ce qui rend nos deux grenouilles complètement euphoriques ; elles chantent sous la pluie : « il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille ! »

Quelqu’un d’intelligent construit un bateau pour recueillir tous les animaux : les beaux, les bizarres, les pénibles, les terribles et même les pires : nos deux grenouilles à grande bouche.

Elles sont impertinentes, farceuses, elles se réjouissent de tout, elles chantent sans arrêt, ce qui énerve tout le monde ; bref, ce sont deux petites pestes.

L’album est truffé de jolies phrases amusantes ou de petits jeux de mots comme celui-ci : « un bateau pas que beau » ; ou celui-ci : « le capitaine commande et la mère veille », ou encore : « les hiboux font passer des nuits blanches à ceux qui leur font passer des jours noirs… »

Les illustrations sont superbes, pleines d’humour également : les animaux sont serrés, pas très bien installés, ils ont le mal de mer… Un tigre se lime les griffes, un autre compte les jours en traçant avec sa griffe de petits bâtons sur la coque du navire… Les ratons-laveurs font leur lessive dans un baquet… Le pic-vert a écrit SOS avec son bec sur la paroi du bateau…

On s’amuse beaucoup en lisant cet album, on revisite quelques chansons de notre enfance, on prend du plaisir à découvrir et redécouvrir ce que ces deux grenouilles vont encore inventer pour taquiner l’équipage de ce « petit navire qui n’avait ja-ja jamais navigué ohé ohééé ! »

A lire sans modération à plusieurs, en chantant, en s’amusant ; même les adultes sont attentifs et attendent la suite !

Bonne découverte et bonne lecture.

 

Coup de coeur pour Copains ! 24 toutes petites histoires par Manon Noublanche

Copains ! 24 toutes petites histoires est un album grand format, qui peut plaire aux jeunes enfants. 24 courtes histoires sur des situations du quotidien auxquelles les enfants pourront facilement s’identifier pour les commenter.

 

La lecture de l’album a l’avantage de pouvoir se faire en plusieurs temps, les histoires se déroulent sur une à deux doubles pages avec de courts textes.

Une autre lecture peut se faire sans le texte, les enfants imagineront eux-mêmes l’histoire en se basant sur les illustrations.

Les illustrations sont colorées et mettent en scène des enfants de différentes origines, en mettant l’accent sur le métissage et la mixité des cultures.

 

Mention spéciale pour la dernière toute petite histoire, « Les boutons d’or de Marcus » pleine de vie, de couleurs et qui nous donne le sourire.

Zaü, l’illustrateur, est invité lors du 32e Salon du Livre Jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan. Une exposition lui est consacrée à la médiathèque de Saint-Laurent-Nouan du 4 mars au 1er avril.

Un spectacle Hector le centaure et Hélène la sirène par Caroline Roux et Zaü est proposé le samedi 25 mars à 15h30 à la médiathèque Philippe Barbeau de Saint-Laurent-Nouan. Inscription au 02 54 87 22 54.

Copains ! 24 toutes petites histoires d’Alain Serres et Zaü, éditions Rue du Monde, 2016. 

Coup de cœur pour Le pompier de Lilliputia par Anouk Gouzerh

A quoi reconnaît-on le héros d’une histoire ? Sûrement pas à un uniforme au milieu d’autres uniformes… si ce n’est que Henry MacQueen, notre héros, est lilliputien, à la fin du XIXe siècle. Le petit habit de pompier que nous sommes invités à regarder par le narrateur, s’emplit au fil des pages d’un personnage mal parti dans la vie. Enfant, Henry commet deux « vraies grosses bêtises » : il s’arrête de grandir à six ans, et met le feu à la maison en voulant lire Les Voyages de Gulliver à la lueur d’une bougie. Henry a désormais le feu dans le ventre et les mains, surtout face à la honte de son père, maire de New York…

Or New York, c’est aussi Dreamland, le parc d’attractions de Coney Island, et son village de lilliputiens, où Henry s’exile pour se sentir enfin chez lui. Lilliputia devient le lieu de son triomphe : un spectacle de pompiers nains dans lequel Henry sauve chaque jour la belle Nadja des flammes.

Pour que le feu s’apaise dans le ventre d’Henry, il faudra qu’une nuit un incendie bien réel menace Dreamland, et que les pompiers les plus petits surpassent les grands.

Peut-être moins âpre que Jésus Betz, histoire d’un homme-tronc à la voix d’or, Le Pompier de Lilliputia émeut tout autant avec sa peinture d’un être à part. Ampleur du format, ampleur du drame intérieur, éclat central de l’incendie en double page, font la force de cette histoire. Le lecteur est happé par la variation entre l’émotion contenue et la violence psychologique, reflet du feu réel. Tout cela accompagné d’une palette de couleurs chaudes (sombres ou lumineuses comme les émotions suscitées), nimbée dans la douceur de la peinture à l’huile. On retiendra comme note la plus intense de l’album l’image du père accroupi pour enlacer son fils, dans une posture délicate et tendre, qui clôt une histoire de filiation poignante.

François Roca et Fred Bernard sont les invités d’honneur du 32e Salon du Livre Jeunesse de Beaugency et Saint-Laurent-Nouan.

Le pompier de Lilliputia, de Fred Bernard et François Roca, Albin Michel, 2009

Coup de cœur de Manon Noublanche

MAMIE COTON COMPTE LES MOUTONS de LIAO Xiaoqin et ZHU Chengliang – édition HongFei.

 

Qui n’a jamais vu son sommeil perturbé par d’autres pensées ? Que faire lorsque l’on ne trouve pas le sommeil ? Compter les moutons ? Un mouton, deux moutons, trois moutons …

Voici la solution trouvée par Mamie Coton, mais va-t-elle vraiment finir par trouver le sommeil ou sera-t-elle dérangée par d’autres pensées ?

 

MAMIE COTON est un bel album, pouvant plaire aux petits et aux plus grands qui pourront se retrouver ou retrouver leur grand-mère dans certaines situations.

Les illustrations de ZHU Chengliang sont belles, justes, avec des couleurs douces et apaisantes.

L’histoire est abordable pour de jeunes enfants, qui ne manqueront pas de commenter les aventures de Mamie Coton au fil de la lecture et de sa quête du sommeil.

Coup de cœur d’Anouk Gouzerh

CE N’EST PAS TRÈS COMPLIQUÉ de Samuel Ribeyron. 

Les éditions HongFei présentent principalement des oeuvres interculturelles : un texte chinois (parfois né des plumes les plus anciennes) accompagné des illustrations d’un artiste français. Certains albums dévient de cette ligne éditoriale, comme les carnets de voyage de Nicolas Jolivot, dont Chine, scènes de la vie quotidienne, qui tient soigneusement à distance tout stéréotype, mais qui s’attache aux sens mis en éveil, à travers l’observation, l’écoute, et les papilles (l’auteur « croque » joyeusement, jusqu’à vous faire saliver). Un touriste pas comme les autres, avec lequel le voyage est une réelle ouverture à la différence.

Parmi ces albums, certains n’ont cependant pas de lien avec la Chine, si ce n’est peut-être un auteur voyageur. CE N’EST PAS TRÈS COMPLIQUÉ de Samuel Ribeyron trouve sa place chez HongFei par la délicatesse avec laquelle il aborde les thèmes de la relation à l’autre et de la découverte d’une intériorité inconnue.

Un petit garçon et une petite fille dessinent une forêt à la craie, dans la rue où ils sont voisins. Leur grande complicité se passe de mots jusqu’au jour où Louise demande à son ami ce qu’il a dans la tête. D’abord sans réponse, il rentre chez lui et soulève alors le plus naturellement du monde ses cheveux pour partir en quête de ses émotions : ou comment évoquer le calme, l’inquiétude, la timidité ou encore la douceur à travers de fantastiques forêts intérieures.

Mais lorsque l’enfant veut raconter sa découverte à Louise, celle-ci a déménagé. La pluie efface leur forêt partagée, mais lui ne pleure pas. Après sa tête, il lui reste à ouvrir son cœur, pour découvrir qui s’y cache…

CE N’EST PAS TRÈS COMPLIQUÉ, et pourtant Samuel Ribeyron exprime et illustre la profondeur des sentiments avec l’histoire d’une sensibilité.