Coup de cœur pour Blaise et le château d’Anne Hiversère de Claude Ponti, par Cyril Varquet

En fouillant dans mon grenier cet été, dans un carton, j’ai retrouvé cet album créé en 2004 et réédité en mars 2006. Je me souvenais que l’histoire était complexe. Ma curiosité m’a donc poussé à le relire. Je l’ai rapidement trouvé fascinant, génial et ce pour deux raisons.

Tout d’abord lorsque j’ai tenté de le lire à voix haute, c’était mission quasi-impossible. De jolis barbarismes très durs à prononcer comme « incroyabilicieux », « grobinets », … Pour le coup, Wikipédia avait raison : « Claude Ponti est reconnu pour son écriture subtile ». À chaque page, on découvre une succession d’univers très importants si on veut organiser le plus beau et le plus gros des gâteaux ! On a vraiment envie d’être cette Anne Hiversère pour le coup !

Deuxième point qui m’a plu : la précision des illustrations qui sont très fournies. Obligation de se poser, de prendre un temps pour scruter chaque détail dont certains se suivent d’une page à l’autre. Un poussin très farceur dans la montgolfière ! Si vous êtes joueur, vous pouvez jouer au jeu de la différence entre la septième et la quarante-quatrième page. J’ai mis du temps à la trouver…

Et cerise sur le gâteau : les pages 38-39. Rien de mieux que de fixer cette double-page et de repérer tous les super-héros et détectives célèbres qui ont forgé toute une enfance. Ils sont tous réunis dans le cadre d’une fête. Certains mangent du gâteau tandis que d’autres apportent des cadeaux. Un clin d’œil voulu par l’artiste qui, en exergue,  écrit : « Ce livre est un hommage à tous ces personnages et à leurs créateurs, qui ont inventé le monde des livres pour enfants et qui continuent, jour après jour, à nourrir de nouveaux livres.» Personnellement, j’en ai reconnu 51… Pas vous ?

Album que je vous invite donc à découvrir si vous ne le connaissez pas déjà !

 

Blaise et le château d’Anne Hiversère, Claude Ponti, éditions l’école des loisirs, 2004

Coup de cœur pour Suzanne aux oiseaux de Marie Tibi par Nicole Verdun

Première double page, présentation : « Comme toutes les semaines, une frêle silhouette traverse le jardin public. C’est une petite vieille dame vêtue d’un manteau noir, d’un châle tricoté et de bottines à boutons. C’est Suzanne. Il y a bien longtemps que Suzanne est seule. Son mari est mort à la guerre. Il était militaire. »

Si on regarde les illustrations, on voit que c’est la belle saison, tous les personnages portent des vêtements à manches courtes, sauf Suzanne. La page suivante nous offre un plan plus resserré, le même pratiquement que celui de la couverture. Suzanne place un mouchoir de dentelle sur le banc sur lequel elle s’assied, comme tous les jeudis, pour éviter de salir son manteau et sort de son sac de vieille dame des graines pour les oiseaux. Et puis elle parle aux oiseaux, leur raconte son mari, la ville blanche qu’ils habitaient dans cet autre pays chaud avec des dunes et des gâteaux au goût de miel. Et voilà qu’un jeudi, « un jeune homme mal rasé, mal fagoté » est allongé justement sur son banc à elle. Elle lui tape doucement sur l’épaule et lui demande une place sur le banc. En se réveillant le jeune homme nous fait partager sa vision de Suzanne : un doux visage penché vers lui, elle sent la lavande, elle a des rides aux coins des yeux et elle lui sourit.

Et c’est au jeune homme que Suzanne raconte sa vie ce jour là, et Nadim l’écoute, ne comprend pas tout, parle de son pays qu’il a fui à cause de la guerre, de son espérance d’avoir une bonne vie ici… Dans le parc, la vie tranquille se déroule, une dame enceinte lit sur une couverture à côté d’un enfant qui joue aux cubes, un garçon fait du jogging… Chaque jeudi, Nadim et Suzanne se retrouvent, elle lui apprend des mots nouveaux… On est en automne, les feuilles tourbillonnent. Un jeudi, Suzanne offre à Nadim une petite bague qui brille, le priant d’en faire bon usage. Ce sera leur dernière rencontre, Suzanne est ensuite partie pour toujours. Il reste à Nadim les mots de son amie et la bague. Dernière double page : le printemps est de retour, la dame enceinte porte maintenant son bébé contre sa poitrine, des canetons suivent leur mère sur le lac. Avec la bague, Nadim a pu acheter et installer une petite roulotte qu’il a nommé « Suzanne aux oiseaux ». Près de l’endroit cher à Suzanne, il vend des gâteaux au goût de miel aux visiteurs du parc.

Une histoire touchante : Marie Tibi raconte à demi-mot que la guerre a dérobé à chacun une partie de son existence, à l’une son mari, à l’autre son pays, les laissant abandonnés à leur solitude mais pas désespérés. Jamais, ni les conflits, ni les pays ne sont nommés, mais on pense à des pays du bassin méditerranéen. Ces deux personnages un peu dans l’errance se rencontrent, et Suzanne, en fin de vie, va permettre au jeune homme de construire la sienne grâce à la bague qu’elle lui offre. L’objet est hautement symbolique du lien tissé entre eux.

Le texte est précis, utilise des mots simples, il crée une atmosphère sereine. Le temps passe, les saisons se succèdent, d’une semaine à l’autre la vie se déroule, une vieille dame disparaît, un bébé naît…

Les illustrations de Célina Guiné cadrent le même endroit du parc, mais en plan large, plan serré, plongée, selon l’effet souhaité.

Une écriture sensible et une fraicheur dans les illustrations qui en font un album qui s’adresse aussi bien à des enfants qu’à des adultes.

Suzanne aux oiseaux, de Marie Tibi et Céline Guiné, éditions Le grand jardin, 2017

 

Coup de cœur pour Rage d’Orianne Charpentier par Juliette Theureau

Je me suis plongée dans ce court roman la tête la première, sans même avoir lu le résumé, juste parce qu’un ami libraire me l’avait mis entre les mains. « Lis-le. »

On la surnomme Rage et elle a traversé l’enfer pour arriver en France. Traumatisée par ce qu’elle a vécu, elle reste renfermée sur elle-même, malgré le soutien d’une amie à ses côtés.
Jusqu’à ce que son chemin croise celui d’une chienne maltraitée. Le regard de l’animal la transperce, tout en lui fait écho à son passé, à sa souffrance. C’est le déclic pour Rage qui va tout faire pour soigner la chienne, comme si c’était sa propre vie qui était en danger.

Le roman laisse une part d’ombre importante sur le passé de la jeune fille, l’imagination du lecteur devant se charger de compléter, ce qui peut être déstabilisant.

Rage brosse le portrait d’une jeunesse qui aime faire la fête mais qui est aussi ouverte aux autres, curieuse, voire aidante pour les plus courageux.

Il montre la dureté des épreuves auxquelles sont confrontés les migrants à la recherche de sécurité.

La jeune Rage est entourée de deux personnes : Artémis qui la comprend et la soutient, et Jean, un jeune garçon dont elle fait la connaissance lors de sa rencontre avec la chienne, touchant et intrigué par le mystère dont Rage est enveloppée.

Particularité : le roman est court (une centaine de pages) mais cela va avec la durée du récit qui est courte aussi, une petite dizaine d’heures à peine.

Rage est un bref roman que la plume d’Orianne Charpentier rend touchant sur le désarroi des migrants et leur fragilité, mais aussi sur leur courage.

Rage, Orianne Charpentier, Gallimard, collection Scripto, 2017

Pour d’autres articles de Juliette, un lien vers son blog littéraire :  Celle qui lit dans la nuit

Coup de cœur pour ICI de Richard McGuire par Anouk Gouzerh

Le roman graphique ICI raconte en trois-cents pages une histoire simple : la vie dans le salon d’une maison du New Jersey aux Etats-Unis à travers le temps. Un dispositif narratif déjà vu par ailleurs mais l’originalité du livre réside dans le cadre, un motif présent dès la couverture qui représente la fenêtre du salon. Sans jamais dévier de l’angle de vue choisi (une partie du salon), l’auteur-illustrateur ménage plusieurs cadres dans le cadre, variables dans leur nombre et leur disposition. Dans ces cadres, un couple raconte sa rencontre, un enfant danse, une flèche indienne fend l’air, un requin nage… En haut de ces rectangles qui fragmentent la page, la date indique le moment de l’action.

C’est ce second choix qui confère une grande puissance au récit : aucune chronologie, aucune notion « d’évolution » du lieu et des personnes : les temporalités cohabitent sur la même page, les actions se font écho ou créent un décalage parlant, parfois avec plusieurs millions d’années d’écart.

Ainsi Richard McGuire ne s’est donné de limites que l’espace, pour explorer une temporalité qui s’étend, si l’on cherche à rétablir une chronologie, entre 3,5 milliards d’années avant J.-C. et 22 175 ans dans le futur… Le salon disparaît donc parfois, lorsque l’on se trouve avant et après sa construction, au profit d’un étang calme ou d’une mer agitée.

La vie prend une ampleur nouvelle, parfois distendue, étirée ou au contraire condensée à l’extrême, par exemple grâce au découpage d’un même geste, porter un bébé dans ses bras, sur plusieurs pages ou ce même geste effectué par plusieurs personnes sur la même page, mais en 1949, 1924, 1988…

L’ouvrage dépasse l’effet mélancolique d’un récit linéaire qui explorerait l’évolution d’un monde à travers les époques : par le chevauchement des actions à travers les âges, tous les événements de la vie et de la mort s’invitent sur la page, avec des effets poignants, comiques, énigmatiques… Si l’on plonge dans l’histoire la plus large : la Terre, l’humanité, les Etats-Unis…, ce sont surtout les instants saisis de la vie quotidienne, les fragments de pensées, de paroles, de gestes qui intéressent Richard McGuire.

L’effet est étourdissant, le lecteur se retrouve pris entre l’empathie, la capacité à se reconnaître dans ces scènes de vie et l’insaisissabilité de ce grand « tout » temporel, foisonnant.

Toutes ces histoires possibles, esquissées, « croquées » au sens pictural ne se dévoilent jamais entièrement. Certaines scènes parlent d’elles-mêmes, ou s’éclairent à plusieurs dizaines de pages d’intervalles. D’autres nous sont révélées seulement si l’on revient en arrière, comme le canapé-lit vide des premières pages, dont on comprend qu’il ne raconte pas un emménagement à venir mais une disparition récente.

« Personne n’a le mode d’emploi de la vie », dit un personnage anonyme en 1910. Le contre-mode d’emploi de Richard McGuire nous fait vivre une traversée inédite : jamais un angle de mur n’aura été aussi inspirant.

Ici, Richard McGuire, Gallimard, 2015, Fauve d’or 2016 au festival d’Angoulême

Coup de cœur pour N’oublie pas de te laver les dents ! de Philippe Corentin par Cyril Varquet

Vous rappelez-vous du thème du 33e salon du livre jeunesse de Beaugency ? Ce fameux « Vous voulez rire ?!… » ? Pour rester dans cet univers, je vous propose un coup de cœur pour une histoire de Philippe Corentin, « N’oublie pas de te laver les dents ». Rien qu’avec le titre, tout est dit. Un livre ayant pour objectif de nous faire réfléchir sur notre santé, sur notre dentition (sachant que c’est trois fois par jour) ?

En lisant la première page, après avoir regardé Papa crocodile dans son bain (tout en tentant de savoir le livre qu’il est en train de découvrir), l’intrigue est posée. Quel goût ont les petites filles ? Une vraie question que se pose le fils croco ! Par chance, dans l’immeuble, il y en a une chez les voisins. C’est l’occasion de tester ! Après plusieurs tentatives, il s’approche du but… Mais le rebondissement de l’histoire avec la petite fille qui demande à son père quel goût ont les crocos oblige l’animal à rentrer chez lui.

Cette manière génialissime de l’auteur (ayant écrit plusieurs œuvres à succès comme « Plouf », « L’Afrique de Zigomar », …) de retourner la situation ou bien même de revenir à quelque chose qui a été partiellement évoqué permet de déclencher des rires, ce qui moi me fascine dans cet album. Arriver à nous surprendre à plusieurs reprises (enfants et aussi adultes) en seulement 24 pages, cette finesse et réflexion aussi bien dans l’écriture (jusqu’au dernier mot : « FAIM ! ») que dans le rôle de chaque personnage (jetez un coup d’œil sur la réaction du chien et du chat !). Une forme de rigueur dans les illustrations qui d’ailleurs mélangent deux styles : la bande dessinée et l’album « traditionnel » (une image, un texte en dessous sur fond blanc), l’imagination débordante de l’auteur… Réussir à nous faire rire et à poser un cadre, un univers : c’est formidable ! Quel véritable artiste ! Quant aux personnes qui veulent à tout prix chercher une morale résumant à merveille l’œuvre : réfugiez-vous vers le titre… et interprétez !

Cet album a également fait l’objet d’une lecture lors de la dernière soirée de lecture à haute voix pour les lecteurs de Val de Lire. Des rires. On a même pu entendre :  » on reconnait bien le style de Philippe Corentin – qui d’ailleurs arrive généralement à caser son nom dans ses ouvrages « . Tout le monde était ravi. Donc qu’attendez-vous pour le lire ?

N’oublie pas de te laver les dents, Philippe Corentin, éditions l’école des Loisirs, 2009

Un invité, une lectrice : Une histoire d’amour de Gilles Bachelet par Nicole Verdun

Si on s’en tient au texte, c’est « une histoire d’amour toute simple » comme l’annonce la préface : il est maître nageur, elle fait de la natation synchronisée, ils se rencontrent à la piscine, il l’invite à un pique-nique, c’est le 14 juillet, il joue pour elle Jeux interdits à la guitare, ils vont à la fête foraine, au bal… Josette a la tête qui tourne, Georges l’embrasse, ils sont amoureux. Ils se marient, il lui offre un chien, mais ils ont aussi des désirs d’enfants. Ils ont 5 enfants. La vie se déroule avec ses aléas. Georges décède le premier. Alors chaque 14 juillet, Josette réunit ses petits enfants… C’est tendre, touchant, assez banal, pas de quoi faire un film !

Mais attention ! quand on s’attarde sur les illustrations, c’est tout bonnement génial, elle, c’est un gant Mapa rose, lui, un gant Mapa jaune, leur piscine, le bac à vaisselle de l’évier. Tout est à l’avenant. Une multitude d’innovations dans les détails, à chaque page, suscite l’attention du lecteur. On peut passer un temps fou sur chaque situation. La couverture donne le ton : Georges est assis sur une boite de concentré de tomate, Josette sur une boite d’allumettes, il porte un chapeau en forme de capsule de cannette de soda, elle en porte un, en forme de volant de badminton. Leur table ressemble à une tablette de chocolat posée sur un mug, ils sirotent une boisson dans un dé à coudre. Elle tient en laisse un chien, un scottish à poils durs, en forme de brosse. Ils se donnent la main. On les sent très amoureux ! Gilles Bachelet est très fort : une posture, un accessoire et on vit complètement la scène. Par exemple, Georges, assis sur le bord d’une jardinière de géraniums, joue jeux interdits sur sa guitare/passoire à thé, et Josette, les mains croisées sur les genoux, le cou tendu vers Georges, l’écoute amoureusement (même les fausses notes), à l’ombre d’un pot de cactus. Un peu plus loin, la gondole-souvenir du voyage de noces à Venise voisine avec les castagnettes qu’on imagine espagnoles, la poupée en coquillages de Concarneau, et les boules à neige de Bruxelles et de l’Ile Maurice. Le tout sur une étagère accrochée au mur tapissé de toile de Jouy dont le motif fait référence à un autre album de Gilles Bachelet « Le chevalier de ventre à terre« . Et à la page du désir d’enfants, les petits sèche-cheveux tètent leur mère, le canard WC veille sur sa couvée. Cet auteur de talent nous fait prendre sans sourciller des gants en caoutchouc pour des personnages humains doués de subtiles émotions, une brosse pour un chien, une saucière pour un berceau, un plumier pour un cercueil… Et on aime ça ! On a rapidement compris l’histoire mais ne se lasse pas de regarder comment Gilles Bachelet nous la raconte. Un superbe album qui réunit enfants et adultes, chacun décryptant les images avec ses propres références.

Une histoire d’amour, Gilles Bachelet, Seuil Jeunesse, 2017, 15€

 

Dans le cadre du salon du livre 2018, retrouvez l’exposition de Gilles Bachelet à la médiathèque de Saint-Laurent-Nouan, du 27 mars au 21 avril. Rencontre avec l’artiste sur le lieu de l’exposition le jeudi 12 avril à 17h30, puis sur le salon à Beaugency samedi 14 et dimanche 15 avril.

Une invitée, une lectrice : Quand il pleut, de Junko Nakamura, par Anouk Gouzerh

Junko Nakamura capte l’intensité d’un instant de vie, un enfant qu’une averse réveille de sa sieste, tandis que le chat de la maison reste endormi.

L’album est court, simple et subtil à la fois. Tout un petit univers est enclos dans ses pages : la chambre, la maison, le jardin, le ciel.

Le récit s’enroule tranquillement autour du passage de la pluie et du retour du soleil, et d’une image centrale, le chat endormi sur le lit. L’avant et l’après se répondent : la mère se dépêche de rentrer le linge, le père le remet au soleil, les oiseaux s’abritent, leur mère s’envole pour cherche à manger, le chien s’ennuie, puis sort jouer… et le chat dort.

Le lecteur est porté vers un regard attentif : l’eau dans la terre, les gouttes du ciel, le ballon coincé dans l’arbre. Ceci grâce au sens des couleurs et du cadrage de Junko Nakamura. Les couleurs sont franches comme les phrases (une par page voire du silence) : jaune, bleu, brun, vert… Les illustrations sont créées au tampon, vives et nettes, et s’inspirent du style géométrique de Nathalie Parain, peintre et illustratrice ukrainienne, publiée dans les années 1930-1950 (Junko Nakamura est amatrice autant des dessins d’enfants que des anciens livres pour la jeunesse). Le blanc a une grande place dans l’album, à côté des couleurs. Ainsi, une double page s’attarde sur un fond entièrement blanc parcouru de fines gouttes bleues. L’essentiel est également contenu dans le cadrage. Nous sommes à hauteur de l’enfant, puis du sol lorsqu’il découvre l’eau qui s’infiltre dans la terre, et enfin du ciel, lorsqu’il offre son visage aux gouttes d’eau.

Pour nous faire accéder à cette apparente simplicité dans la représentation, Junko Nakamura déploie une grande maîtrise dans l’expression du temps, le temps de pluie et de soleil aussi bien que le temps qui passe doucement, et dans l’esthétique des sensations.

Ces albums nous ouvrent des perspectives, le quotidien y prend de l’ampleur. Il suffit de lire les dernières pages de Ce matin :  » La pluie d’hier n’est plus là. Partons voir le monde. »

Illustration Nathalie Parain, Ronds et carrés

Quand il pleut, Junko Nakamura,  éditions MeMo, 2014

Dans le cadre du salon du livre 2018, retrouvez l’exposition Quand il pleut  à l’agence du Crédit Mutuel de Beaugency, du 27 mars au 17 avril.

 

Une invitée, une lectrice : Le Lapin de neige de Camille Garoche par Marie-Claire Degrave

Première page : un paysage d’hiver un peu féerique avec au fond sa maisonnette en bois aux deux cheminées qui fument, et au premier plan des arbres dénudés et des oiseaux. On tourne les pages de cet album sans texte. À l’intérieur, deux fillettes regardent tomber la neige, elles se ressemblent : des sœurs jumelles ?
L’une d’elle sort et de ses doigts fait surgir un lapin de neige. L’image du premier plan se découpe nettement alors que l’enfant à la fenêtre reste flou. La petite fille rapporte le lapin à sa soeur, on s’aperçoit alors que cette dernière est en fauteuil roulant. Mais à l’intérieur le lapin fond, vite il faut ressortir ! Toutes les deux sont dehors maintenant quand d’un bond le lapin s’échappe : c’est merveilleux ! Telle Alice, elles vont le suivre dans la forêt… Mais pas facile de rouler dans la neige, les roues patinent et s’enfoncent. Impossible de bouger. Les fillettes commencent à avoir froid, les animaux de nuit s’approchent… comment cela va-t-il finir ? Heureusement, le lapin devenu grand servira de monture à l’enfant handicapée et toutes deux vont rentrer alors que la nuit tombe.
Très beau conte qui mêle adroitement réalisme et merveilleux. Les illustrations participent à la magie avec découpes et jeux de lumière qui mettent en évidence le décor naturel et… la neige !

Cet album convient à tous les enfants à partir de 4 ans.

J’ai eu l’occasion de le lire plusieurs fois, le handicap ne pose aucun problème aux enfants. Seules questions : « mais alors le fauteuil est resté dehors ? « Qui l’a rentré ? » Comme quoi, ils gardent les pieds sur terre…

Le lapin de neige, Camille Garoche, éditions Casterman, 2016

 

Dans le cadre du salon du livre 2018, retrouvez les originaux de Camille Garoche à la médiathèque de Saran, du 10 avril au 28 avril.

Rencontre avec l’invitée sur le lieu de l’exposition le samedi 14 avril de 10h à 18h puis sur le salon à Beaugency le dimanche 15 avril de 10h à 18h.

Un invité, un lecteur : Le Chevalier noir, une fable énervante d’Antonin Louchard, par Cyril Varquet.

Sur le thème de l’humour, rien de mieux qu’un album d’Antonin Louchard ! « Patate », « Super cagoule », … Mais connaissez-vous l’histoire du chevalier noir ? Si non, pas d’inquiétude, je vais vous la raconter. Si oui, et bien… je vais quand même vous la narrer.

C’est l’histoire d’un grand chevalier noir, beau, grand, vivant au Moyen-âge et adorant les gratins de carottes. Un jour, il reçoit l’ordre de sa Majesté de partir combattre sur le champ les Infidèles. Pendant son trajet, il vit plein de péripéties et s’attaque à plein d’ennemis : des brigands, des arbres et même des moustiques. Tout ça pour aboutir à sa quête finale.

Incroyable quand on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’une intrigue imaginée par le jeune lapin se prénommant Titi, et qui a de la suite dans les idées : « après, des méchants ont enlevé sa femme. Alors bien sûr, ça le met encore en pétard… » et bien évidemment il réussit à la sauver. Ce lapin est un vrai super super-héros !

Et comme le veulent toutes les fables, il y a une morale, que je ne vous dirai pas : mais sachez qu’elle changera crucialement le cours de votre existence.

A lire seul, en duo ou en kamishibaï !

Dans la même collection : L’Affaire du collier, une aventure très nouille ; Le Crocolion, un documentaire animalier ; Cékicékapété ?, une enquête explosive

Le Chevalier noir, d’Antonin Louchard, éditions Thierry Magnier, 2015

Dans le cadre du salon du livre 2018 : Retrouvez l’exposition Tout un Louvre à l’église Saint-Etienne de Beaugency, du 14 mars au 18 avril, d’après un imagier d’Antonin Louchard et Katy Couprie. Le vernissage se déroule le 28 mars à 18h, Antonin Louchard sera présent… Venez nombreux le rencontrer !

Coup de cœur pour Le jardin de madame Li par Nicole Verdun

« Tu vois Yun, ce n’est pas parce qu’on est vieux et un peu fêlé qu’on ne sert à rien ». 

Format carré 21,5 x 21,5 cm, la couverture annonce un jardin fleuri traversé par une ombre chinoise de petite fille à l’allure vive et décidée.

La double page de garde introduit le lecteur parmi les fleurs traitées en aplats de couleurs cernés d’un trait noir.

Les vingt doubles pages de l’album fonctionnent toutes de la même façon : page de gauche, un texte de quatre lignes maximum et en dessous un idéogramme tracé en rouge au pinceau qui reprend le mot clé du récit. Ça peut être aussi bien un nom de chose concrète : goutte, fleur, pot, scarabée, qu’une abstraction : idée, secret, lourd, vieux, regarder… Page de droite,  pleine page, dans un cadre noir, l’illustration traduit poétiquement en images (silhouettes découpées en ombres chinoises, éléments du paysage, végétaux ) le récit de la page de gauche. Que raconte cette histoire ? Madame Li, une petite vieille plus ridée qu’une pomme cannelle, qui habite au-delà de la forêt de bambous, dans le village de la Pagode perdue, va chaque jour remplir ses deux pots de terre à la rivière du Pont-qui-chante. Yun, une petite fille qui saute et gambade, l’accompagne et remarque que l’un des pots est fêlé et laisse échapper la moitié de son contenu en gouttes d’eau le long du chemin. La narration se poursuit en instaurant le dialogue entre les deux personnages. Madame Li ne veut pas remplacer ce vieux pot, elle demande à Yun de prêter attention à ce qui se passe autour d’elle.  Le pot fêlé, sur son passage, arrose les graines à droite du sentier et permet aux fleurs de pousser … « Tu vois Yun, ce n’est pas parce qu’on est vieux et un peu fêlé qu’on ne sert à rien ». C’est une jolie métaphore sur l’usure des choses et des gens : la vieillesse au delà de ses « fêlures » apporte une autre façon de regarder autour de soi, incite à faire preuve de sagesse, à transmettre le secret du temps qui passe et du chemin parcouru. Cela raconte aussi qu’on peut accepter de perdre ou de donner au bénéfice de tous, juste pour fleurir le chemin !

La dernière double page reprend tous les sinogrammes rencontrés depuis le début. C’est un album qu’on ne se lasse pas de regarder pour son esthétisme poétique qui nous plonge dans la Chine traditionnelle, et de lire pour tout ce qui est inféré entre les phrases simples prononcées.

Le jardin de madame Li 

Auteure : Marie Sellier

Illustratrice : Catherine Louis

Calligraphie : Wang Fei

Éditeur : Picquier jeunesse

A partir de 4 ans.

14,50 €