Coup de cœur pour Les mots sont des oiseaux par Audrey Gaillard

Les mots sont des oiseaux, Marie Sellier, Catherine Louis, éd. HongFei, 2020

Petit frère et Grand frère se dirigent vers la mer, ils traversent la forêt puis retrouvent Shu sur la plage.

C’est une immersion dans la nature que nous offrent l’autrice Marie Sellier et l’illustratrice Catherine Louis. Une nature vivante qui éveille tous les sens, une nature enveloppante et libératrice, à l’image d’une cabane qui serait à la fois refuge et ouverture sur le monde : « La forêt est une hutte, une cabane géante, une cathédrale de bois et de feuilles qui filtre la lumière et les bruits. »

Les illustrations en papier découpé, aux couleurs noires, grises et blanches apportent cette délicatesse, cette sensation de douceur, soulignées par un ou plusieurs détails en rouge. Les chaussures de Petit Frère, le chapeau de Shu, le bec de l’oiseau… ainsi mis en valeur en rouge révèlent l’intensité du moment présent et la joie certaine de Petit Frère.

Le monde qui l’entoure n’est que mouvement et courbe : les arbres, les buissons, les vagues, les oiseaux. Ils représentent l’infini, la continuité et accompagnent l’imaginaire de Petit Frère. Les images à fond perdu élargissent l’horizon. Le·la lecteur·rice est invité-e à avancer, à suivre les traces de pas dans le sable, à voler sur le dos de l’oiseau et ainsi à tourner la page avec engouement. L’écriture de Marie Sellier contribue à ce dynamisme, elle est comme le corps en mouvement : « Il fait l’étoile, il fait le soleil, il fait le croissant de lune ».

Nature et personnages interagissent. Petit Frère a les bras tendus comme les branches, il se tient en équilibre sur une main, les corps des trois personnages ondulent, s’enlacent et font écho au vent que l’on devine dans les buissons et à la mer remuante. Shu que l’on découvre sur la plage en même temps que Petit Frère et Grand Frère, ressemble à une danseuse. Face à elle, des ronds dans l’eau créés par les ricochets qu’elle fait. L’illustration semble s’animer. Les ombres (et par déduction la lumière) sont très présentes, mais aussi les empreintes, les traces du bâton dans le sable. Les nuances de gris et de noir soulignent ces marques éphémères avec intensité.

Chaque page détient une petite gravure disposée différemment sur la page. Le·la lecteur·rice comprend que ce détail se retrouve sur la page suivante, il lui permet d’anticiper et de savourer la surprise.

HongFei, 2020

Petit Frère, se sentant délaissé par Grand Frère et Shu, amoureux l’un de l’autre, commence à s’inventer des histoires, nourries par ce qu’il ressent et ce qui l’entoure. Les éléments deviennent poésie : « Vu d’en haut, la plage est une corne de gazelle, la forêt une armée de petits démons verts, et le toit de la maison, là-bas, un minuscule chapeau pointu ». Très subtilement, l’autrice fait entrer le·la lecteur-trice dans l’intériorité de Petit Frère. Il·elle partage ses rêves et ses sensations.

D’une immensité, d’une vue du ciel, l’illustratrice marque une rupture et donne à voir la simplicité, un détail. Trois plumes et le lecteur comprend que le personnage bascule dans le sommeil, les mots restent suspendus « Le ciel est si grand, si grand, et si blanc, si blanc, comme un lit infini… »

Texte et images dialoguent finement tout au long des pages. Ils rendent perceptibles le rapport au temps, la part imaginaire, le basculement dans le sommeil. Les émotions exprimées se font l’écho des expériences du lecteur ou de la lectrice.

Les deux dernières illustrations représentent les vagues comme un chemin à poursuivre, sereinement, intensément, seul ou à plusieurs, comme des lignes à remplir de mots. Notre propre histoire à inventer et à vivre…