Une enfance, malgré les bombes.

 

 

Marceline TRUONG, Une si jolie petite guerre, Saigon 1961-63, ed. Denoël Graphic, 2012, 270p
Marceline TRUONG, Une si jolie petite guerre, Saigon 1961-63, ed. Denoël Graphic, 2012, 270p

À partir de 12 ans en lecture accompagnée.
Seul, à partir de 14 ans.
Adulte, se lit avec un immense intérêt.

 Thèmes : Guerre, Etranger, Relations père-mère

 Condensé pour pressés : Le petit Marcelino vit une enfance privilégiée à Washington, où son père, Vietnamien, est diplomate. En juillet 1961, il est rappelé à Saigon, auprès du président Ngô Dinh Diêm. La guerre entre Américains et communistes de Hô Chi Minh va peu à peu monter en intensité. Automne 63 : le père de Marcelino est nommé à l’ambassade du Vietnâm à Londres. C’est de là qu’il assistera, en 1975, au dernier acte d’une guerre emblématique du colonialisme.

  


Marcelino Truong (Auteur – Illustrateur)

 Né, en 1957, d’un père vietnamien et d’une mère française, Marcelino Truong a l’enfance voyageuse : des Philippines aux Etats-Unis, de Saigon à Londres. Diplômé de Sciences-Po, il découvre le dessin en autodidacte et décide de s’y lancer professionnellement en 1983. Il consacre plusieurs albums au Vietnâm. Dessinateur multiple, il signe aussi la conception d’un film d’animation, adapte un polar, signe de très nombreuses couvertures de livres et collabore régulièrement avec la presse.

À suivre, à lire, à voir là


 CRITIQUE

 

La guerre est doublement racontée : à travers le regard insouciant de l’enfant, à qui échappe la compréhension des événements ; et à travers la narration de l’adulte qu’il est devenu et qui perçoit les enjeux et les stratégies des combattants. Le premier « joue » à la guerre, le second assiste à un naufrage. Tous les deux restent saisis d’effroi par l’ampleur de la tragédie, même si l’enfant, lui, reste protégé par l’unité familiale qu’aucune mort proche ne désunit. Le ton du récit est (presque) toujours celui d’un témoin oculaire averti et ne tombe jamais dans l’analyse d’un historien. Ce n’est pas un exposé « sur » la guerre du Vietnâm mais un récit « de l’intérieur de » la guerre par quelqu’un qui l’a vécue, qui y a, en tout cas, assisté. Marcelino Truong maintient (presque) toujours la double prise de parole.

Ce qui frappe d’emblée ce sont les couleurs : chaudes et lumineuses, rehaussées par le cerne noir appuyé des dessins. L’essentiel de cet épais volume est bichrome : noir et blanc rehaussé de sanguine, sauf pour les pages résolument « militaires » où l’ocre est remplacé par un bleuté glacial. Aucune vignette n’est « posée » : les personnages sont toujours en mouvement. Les expressions des visages sont très expressives et pourtant épurées à l’extrême : un sourcil incurvé, le dessin d’une mâchoire suffisent à dire l’anxiété, la colère, la haine.

Le récit emprunte aussi d’autres voies, comme les lettres de la mère à sa famille bretonne (manuscrites) ou le dessin d’un timbre-poste, d’un billet d’avion… ce qui contribue à rendre le récit encore plus vivant. Il y a du « carnet de voyage » dans ce livre. Le dessin de la petite fille brûlée au napalm a la force de la photo inoubliable de Nick Ut.

 

Roger.
Pour moi qui ai vécu cette période de la décolonisation
et pris part aux manifestations contre la guerre du Viêtnam,
le récit de Marcelino Truong est d’une grande émotion par
la simplicité de son fil narratif. Aux analyses, j’ai toujours
préféré la force sensible du vécu. Comme je regrette qu’il
n’y ait pas d’équivalent sur la guerre d’Algérie !…

 

 

ACTUALITÉS SALON

 

Ce jeudi 17, à 20h30, au cinéma Le Dunois à Beaugency, sera donnée une projection du film Mille jours à Saigon de Marie-Christine Courtes, ayant pour sujet l’écriture du deuxième tome de Marcelino Truong. Une rencontre-débat suivra la projection.

Durant les trois jours, retrouvez Marcelino Truong sur le stand du libraire Legend BD.
Il animera un atelier dessin pour un public âgé de 8 ans et plus. Rendez-vous le samedi 19 à 11h30, à la salle des jeux.